70 ans après le Débarquement - Sécuriser le littoral normand

Publié le 7 Juin 2019 à 13:44

© MN - Un plongeur-démineur du GPD inspecte l’épave du HMS Lawford à la recherche de munitions historiques, au large de Courseulles-sur-Mer, en juillet 2018.

Au cours de la seule journée du 6 juin 1944, les Alliés ont largué plus de 10 000 tonnes de bombes et tiré des dizaines de milliers d’obus sur la Normandie. En mer, de nombreux bâtiments coulés par les mines, la défense côtière et l’aviation allemande ont emporté avec eux des tonnes de munitions par le fond. Ces engins explosifs peuvent constituer, aujourd’hui encore, une menace pour la sécurité des personnes et des biens. C’est pourquoi des marins du groupe de plongeurs-démineurs (GPD) de la Manche, aguerris à l’identification et à la prise en charge de ces munitions, interviennent et sécurisent en permanence cette zone du littoral français.

 

La bande côtière entre Ouistreham (Sword Beach la plus à l’est des plages du Débarquement, dans le Calvados) et Sainte-Marie-du-Mont (Utah Beach, la plus à l’ouest, dans la Manche) compte plus de 150 vestiges de l’opération « Overlord ». Parmi eux, 17 navires de guerre, 62 épaves de navires de transport ou 29 blindés, deux ports artificiels et 24 restes d’infrastructures portuaires. Les épaves les mieux conservées sont celles situées plus au large, la plupart des navires torpillés, qui constituaient une gêne pour la navigation, ayant été démantelés aussitôt après la guerre. Pour traiter les munitions encore présentes à bord de ces épaves reposant par plus grands fonds, des interventions sont menées régulièrement, à l’instar de ce qui a été fait sur l’épave du HMS Lawford.

 

Une opération de grande ampleur pour les plongeurs-démineurs de la Marine

Construit début 1944 aux États-Unis et cédé à la Grande-Bretagne, le destroyer d’escorte HMS Lawford, long de 88 m, servait de poste de commandement embarqué à l’Assault Goup J des troupes canadiennes qui ont débarqué dans le secteur de Juno, le 6 juin, 1944 face aux plages de Courseulles-sur-Mer, Bernières-sur-Mer et Saint-Aubin-sur-Mer. Le navire a été minutieusement débarrassé de ses munitions au cours de 17 mois d’interventions réalisées par les spécialistes du Groupe de plongeurs-démineurs (GPD) Manche, chargés de l’opération, entre 2017 et 2018. Dans ses flancs rongés par la rouille, les plongeurs ont neutralisé d’importantes quantités de mortiers anti-sous-marins de type Spigot, et une centaine de caisses de munitions antiaériennes de 20 mm, soit près de 3 t d’équivalent TNT éparpillées à 26 m de la surface.

 

Pêche aux mines

En août 2018, au large du Calvados, le chalutier Le Retour remonte dans ses filets une mine allemande datant de la Seconde Guerre mondiale. Elle contient une charge d’environ 860 kg. Immédiatement alerté par Centre des opérations maritimes (COM) de la Préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord, le GPD envoie cinq plongeurs-démineurs à bord d’un hélicoptère pour évacuer l’équipage, avant de remettre à l’eau la munition pour procéder ensuite à son contre-minage, en toute sécurité. Sur le littoral aussi, des mines terrestres, des obus non explosés et des grenades sont régulièrement retrouvés par des promeneurs ou des personnes chargées d’entretenir les plages. Au point que l’intervention sur des munitions historiques est devenue une des spécialités du GPD Manche. Cette force tactique de la Marine nationale composée de 29 plongeurs-démineurs, d’un médecin, de deux infirmiers et de quinze personnels de soutien est seule habilitée à opérer sur le littoral, depuis la baie du Mont-Saint-Michel jusqu’à la frontière belge, soit 870 km de côtes.

 

Les experts démineurs à l’œuvre

« Nous avons l’habitude de travailler à la neutralisation d’un très grand nombre de dispositifs, mais chaque situation est unique et doit être traitée comme si c’était la première fois, explique le maître Teddy. Le déminage est un acte subtil et précis. La routine et l’habitude sont à proscrire. Le danger est à prendre très au sérieux. La plupart des munitions anciennes que nous trouvons sont souvent très dégradées par leur séjour prolongé dans l’eau de mer, mais leur système de mise à feu doit toujours être considéré comme opérationnel et, pire, instable. Par conséquent, leur manipulation par d’autres personnes que des démineurs doit être absolument évitée. » La procédure est millimétrée. « Dès que nous le pouvons, nous effectuons une destruction par explosion contrôlée, complète-t-il. Dans la mesure du possible, pour se prémunir des éclats et limiter le périmètre de sécurité, les destructions se font selon la méthode dite du “fourneau”. Les munitions sont enterrées, amorcées, puis recouvertes de terre. Les effets de souffle et les éclats sont dirigés essentiellement vers le ciel et les projections retombent à la verticale. Pour une sécurité maximale, nous procédons à un amorçage à distance. Un système qui permet de maîtriser l’explosion jusqu’au dernier moment. » Les « missions routes » (missions durant lesquelles les plongeurs-démineurs opèrent depuis la terre) ou les interventions en mer à bord du bâtiment base de plongeurs-démineurs Le Vulcain, menées par le GPD Manche toutes les deux semaines, aboutissent à chaque fois à la localisation et à la neutralisation de dizaines d’engins explosifs. Par ailleurs, des chasseurs de mines, basés à Brest, opèrent régulièrement sur la façade maritime Manche et mer du Nord pour sécuriser les approches de certains ports, notamment pendant des travaux, mais aussi pour neutraliser des engins lourds, comme des Luft Marine Bomb (LMB), des mines allemandes d’une tonne, découvertes sous l’eau par des plongeurs ou des pêcheurs. En 2017, quelque 637 engins explosifs ont été détruits par le GPD, soit 11 472 kg équivalent TNT, et 31 par les chasseurs de mines, soit 16 022 kg équivalent TNT.

 

 

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