Black is beautiful - Un « maître » dans l’univers des sous-marins

Publié le 12 Avril 2019 à 13:46

© MARIE DÉTRÉE - « Tous les instruments de bord sont pour moi intrigants parce qu’il y a un côté assez surréaliste de voir toutes ces choses dont on ne sait pas à quoi elles servent et qui sont particulièrement ramassées. »

Engins mystérieux, dissimulés à l’œil profane par la profondeur des mers et le secret qui les entoure, les sous-marins fascinent autant qu’ils intriguent. Marie Détrée h, peintre officiel de la Marine (POM), propose une découverte, à travers son regard d’artiste, de cet univers confidentiel et intimiste auquel ses embarquements l’ont initiée.

Devenue POM en 2010, après avoir remporté une médaille du Salon de la Marine au Palais Chaillot, Marie Détrée h rencontre aussitôt le commandant du sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) Le Triomphant. De cette entrevue naît, quelques mois plus tard, le projet d’un embarquement au sein des forces sous-marines. Ce n’est pas le premier contact de l’artiste avec le monde maritime. Sa jeunesse entre Paris et le bord de mer lui offre d’être bercée par les récits de son père et de son grand-père, marins dans la marine marchande. Fascinée par ce milieu, elle nourrit une attirance particulière pour tout ce qui mêle environnement maritime et éléments techniques : chantiers, grues, amas de câbles ou d’élingues sont, pour elle, source d’inspiration. C’est assez naturellement que sa curiosité s’est tournée vers le sous-marin : cet espace confiné où chaque centimètre carré est envahi par la technologie. Sa découverte du SNLE en 2010 est un véritable coup de foudre. Pour l’artiste, qui aura passé au total 268 h et 42 mins à bord de trois sous-marins, c’est une expérience fascinante. Peindre dans un engin aveugle par essence aiguise son sens artistique et force sa créativité. C’est en représentant les écrans des analystes, qui donnent à « voir » les sons provenant de la mer, qu’elle dépasse ce paradoxe. L’ensemble des instruments du bord s’offre à l’artiste qui travaille sur le motif(1). Car le travail dans un sous-marin est contraint : les mouvements du bateau et le peu d’espace disponible rendent l’installation de son matériel compliquée ; aussi opte-t-elle pour un simple papier et de la gouache, plus faciles à transporter.

Les périodes où elle embarque sont celles consacrées à l’entraînement des équipages. L’activité y est très dense et le bateau se transforme en une véritable fourmilière. Elle se retranche alors régulièrement dans des lieux plus calmes, guettant l’instant de répit qui lui permettra de croquer les marins du poste de conduite de la navigation et des opérations (PCNO). Ces moments de concentration et de calme lui rappellent l’atmosphère recueillie d’un atelier.

Lorsque le sous-marin remonte à la surface, l’artiste retrouve avec plaisir la lumière naturelle, plus éclatante et bleutée que celle qui baigne l’intérieur du sous-marin. 

D’ailleurs, pour peindre les endroits du bâtiment qui ne sont pas éclairés, l’artiste a embarqué avec elle du carton noir, sur lequel elle vient déposer des touches de couleur : « Cela va plus vite », précise-t-elle. En guise de clin d’œil à ce papier noir propre aux scènes sombres et en hommage à la couleur noire des sous-marins, Marie Détrée donne le nom de « Black is beautiful » au vernissage qu’elle organise à bord du Terrible

Un moment de partage avec l’équipage auquel l’artiste tient particulièrement parce qu’il lui permet d’échanger avec les marins sur son travail d’artiste. Car le regard du peintre, même aiguisé, est nécessairement subjectif : « Lorsque vous êtes peintre, vous avez envie de raconter ce qui vous touche. Or, ici où je suis spectatrice, je suis très admirative du génie humain extraordinaire des sous-mariniers. Peindre au milieu d’eux est pour moi une façon de participer à leur aventure et c’est aussi l’occasion de partager ce que je perçois de leur quotidien. »

De ses embarquements sur le sous-marin nucléaire d’attaque Perle et sur les SNLE Le Triomphant et Le Terrible, l’artiste retient surtout la confiance que lui ont témoignée les marins, la laissant libre d’évoluer partout. Elle a créé des liens exceptionnels avec les sous-mariniers qui l’ont accueillie au sein de l’équipage, comme un membre de leur famille professionnelle.  

 

La rédaction de Cols Bleus

(1) Technique qui consiste à peindre sur l’instant, sans intermédiaire (photo ou croquis) entre le sujet et l’œuvre.

 

Extrait du Cols Bleus N°3076 - MARS 2019 : Le Chant du loup - La réalité au service de la fiction

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