« La rencontre avec le monde des sous-mariniers a été exceptionnelle ! » - Antonin Baudry Réalisateur du film Le Chant du loup

Publié le 21 Mars 2019 à 10:46

© PATHÉ

Héros discrets au quotidien, les sous-mariniers sont mis à l’honneur dans Le Chant du loup. Le réalisateur Antonin Baudry a tenu à ce que les acteurs incarnent des personnages authentiques à l’écran, en s’inspirant des sous-mariniers. Cela a permis de faire d’Omar Sy et de Reda Kateb les commandants d’un jour du SNA Titane et du SNLE L’Effroyable.

 

COLS BLEUS : Comment l’idée de faire un film dans l’univers des sous-marins vous est-elle venue ?    

Antonin Baudry : Lors d’un embarquement à bord du SNLE Le Terrible, et en entrant plus particulièrement dans le poste de conduite de la navigation et des opérations (PCNO), j’ai été absolument fasciné par tout ce que j’avais sous les yeux. C’était une scénographie d’une grande beauté, faite d’images, d’écrans, d’hommes en action se passant des ordres auxquels je ne comprenais rien. Il y avait aussi des sonars sur haut-parleur et j’entendais les sons lointains de la mer : c’était très étonnant. J’y ai surtout rencontré des hommes fascinants, des héros de l’ombre, prêts à faire des sacrifices dont personne ne savait rien. Je me suis dit qu’il fallait absolument en faire un film.

 

C. B. : Le monde des sous-mariniers cultive l’art de la discrétion et du secret. Comment avez-vous pu représenter les personnages au plus près du réel ?  

A. B. : J’avais conscience de l’enjeu que représenterait un tel film pour les sous-mariniers eux-mêmes, car souvent leurs familles ne savent pas comment ils vivent lorsqu’ils partent en mission. Afin que les décors, les gestes, les façons d’être et de parler soient authentiques, il fallait que je puisse étudier vraiment le milieu que je voulais décrire. J’ai donc embarqué plusieurs fois, carnet à la main, à bord de différents sous-marins pour observer et rencontrer des marins. L’objectif était d’écrire quelque chose qui soit inspiré du réel, et non la réplique d’un film existant. Aussi ai-je fait par exemple le choix dès le départ de conserver le langage ésotérique propre aux sous-mariniers français afin d’immerger véritablement le spectateur dans un univers authentique ; un parti pris qui a convaincu mon producteur. 

 

C. B. : Pourquoi vous être penché plus précisément sur les Oreilles d’or ? 

A. B. : Le personnage m’a tout de suite fasciné pour plusieurs raisons ! C’est, tout d’abord, quelqu’un qui essaie d’entendre l’inaudible et de mettre des mots sur le monde mystérieux qui l’entoure et qu’il perçoit à travers des sons. Grâce à son ouïe surentraînée, il dispose d’une hyper-sensibilité qui lui permet de saisir quelque chose de presque impossible à percevoir. Le personnage est également fascinant parce qu’il s’agit souvent de jeunes gens, sur lesquels repose une responsabilité énorme : leurs analyses pèsent lourd dans les décisions du commandant. C’est enfin des personnes que leur hyper-sensibilité rend, comme toute sensibilité exacerbée, forcément singulières. Pour moi, lorsque vous percevez des choses que les autres ne perçoivent pas de la même manière, voire pas du tout, vous ne vivez pas exactement dans le même monde qu’eux.

C. B. : Lors du tournage, vous êtes-vous heurté à des contraintes techniques ? Si oui, comment êtes-vous parvenu à les surmonter ? 

A. B. : La gestion de l’espace s’est avérée particulièrement problématique puisque nous avons tourné certaines scènes dans de véritables sous-marins. On devait transiter à travers des sas dont on ne peut ouvrir une porte tant que l’autre n’est pas fermée. Or nous devions parfois y passer avec une équipe de 40 personnes, tout en étant contraints par le temps. Sur les 20 minutes dont nous disposions pour tourner une scène, le temps que toute l’équipe traverse le sas, il ne restait plus que 30 secondes pour faire le plan. Toutefois, pour surmonter ces obstacles, nous avons pu compter sur une certaine solidarité entre les sous-mariniers et l’équipe de tournage, qui sont chacun familiers du travail en environnement confiné. Pouvoir filmer la remontée d’urgence d’un sous-marin a également été incroyable. Cela n’avait jamais été montré au cinéma car c’est un plan très difficile techniquement. À bord de l’hélicoptère, ne sachant pas très bien où le sous-marin allait ressortir, nous étions dans une espèce d’attente, mélange de calcul et de prière. Au moment où le sous-marin est sorti, il était exactement dans le cadre !

 

C. B. : Quel regard portez-vous aujourd’hui sur cet univers ? 

A. B. : La rencontre avec le monde des sous-mariniers a été exceptionnelle. C’est un monde où se mêlent les valeurs de confiance, de courage, de solidarité et de sens du devoir d’une façon qu’on retrouve peu dans la société, du moins de manière apparente. Je suis pourtant convaincu que le monde qu’on connaît est comme il est grâce à de nombreuses personnes qui, de manière invisible, sont elles aussi à l’œuvre et veillent tous les jours sans qu’on le sache.  

 

Propos recueillis par l’ASP Aude Bresson

 

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