Les GPD - Une activité variée

Publié le 9 Juillet 2018 à 15:24

© P. Guiot / Marine nationale

Peu connus du grand public et au sein même de la Marine, les groupements de plongeurs démineurs (GPD) sont souvent comparés à des « pieuvres » (comme le logo du GPD Méditerranée). L’image reflète la multiplicité des lieux d’action et des modes d’intervention de ces trois unités basées à Brest, Cherbourg et Toulon. Il n’est pas rare en effet dans un GPD, qu’au même moment, une équipe soit déployée dans une force navale pendant qu’une autre intervient sur des munitions historiques, qu’une autre pratique une expertise technique sur une coque de navire et qu’une autre assure le blanchiment d’une zone pour s’assurer de l’absence d’engin explosif.

« Nous avons  beaucoup de casquettes. Au-delà de la multiplicité des missions, cela demande  d’entretenir au quotidien de nombreuses qualifications dans des domaines diversifiés : plongée, travaux sous-marins, déminage, à terre comme en mer, fondamentaux du combattant… Le volume d’entraînement est donc très important pour atteindre nos objectifs », expose le capitaine de corvette Benjamin, commandant du GPD Méditerranée. En plus de ce tronc commun, chaque groupement a sa spécialité : les travaux en eaux polluées et la récupération de mines inconnues pour le GPD Atlantique, l’appui aux commandos marine pour traiter une menace explosive dans le cadre de la lutte contre le terrorisme maritime pour le GPD Manche, le génie sous-marin et les opérations amphibies pour le GPD Méditerranée.

Les groupements sont composés de 40 à 45 marins, dont 25 à 30 plongeurs démineurs. « Placés sous le commandement d’Alfan, ils sont les couteaux suisses des contrôleurs opérationnels en ce qui concerne l’intervention sous la mer », assure le commandant. 

 

Protéger les unités déployées    

La lutte contre les munitions historiques fait partie du spectre. « Ce sont des missions “route”, note le CC Benjamin. Par exemple, si un touriste découvre une munition sur l’estran, une équipe de 5 personnes est déclenchée pour aller travailler dessus afin de la neutraliser, la détruire ou l’enlever. » Une deuxième équipe d’alerte s’occupe également des colis piégés et engins explosifs. « Les GPD sont responsables de l’intervention pour traiter cette menace à bord des bâtiments de la FAN, assure l’intéressé. Nous sommes capables d’intervenir en moins de 2 heures sur un colis piégé. »

Les plongeurs démineurs n’opèrent pas uniquement dans la zone de leur GPD. Des détachements de groupes d’intervention de plongeurs (DETGRIP) sont déployés sur les bâtiments de la FAN. « Les BPC appareillent régulièrement, le porte-avions va remonter en puissance. Les hommes et femmes des GPD sont déployés en permanence sur des bateaux », avance le capitaine de corvette. Leur présence à bord se justifie par les menaces potentiellement présentes sur leur parcours, au niveau des choke point(1). « Ils passent dans des endroits resserrés comme Bab el-Mandeb ou le canal de Suez où il y a un risque potentiel d’agression par des embarcations piégées, des tirs de lance-roquettes, des missiles. À bord, 4 démineurs ont un dispositif portable pour traiter par exemple une roquette plantée dans la passerelle sans avoir explosé, une embarcation suicide collée au bâtiment sans avoir explosé… » 

(1) Passages stratégiques en matière de transports maritimes.

 

Une journée au GPD Méditerranée 

Début de matinée. Le soleil tape. Après une visite du GPD et la présentation des moyens, le CC Benjamin donne rendez-vous sur la colline de Malbousquet. Pendant qu’une partie du groupement est mobilisée par une mission « route» et une autre par un « DETGRIP», le premier exercice terrestre a commencé. Une équipe de démineurs progresse dans une zone post-conflit, intentionnellement piégée. Les déplacements se font à pas feutrés, sous l’œil attentif du PM Yannick. « Obus ! », signale l’un des démineurs. Tout le monde se replie derrière le Range Rover qui fait office de poste de sécurité. 

« Il faut travailler à distance, en limitant notre exposition. » L’un d’entre eux reste aux avant-postes. Son objectif : défricher et enlever l’obus et son système de détonation sans le faire exploser. Un peu plus haut sur la colline, le second exercice est en cours. L’environnement est plus urbain. Deux groupes, Famas et arme de poing en main, avancent le long d’une maison. « On se poste, il y a des bruits ! » Concentrés et attentifs, ils sécurisent la zone. De l’autre côté de la maison, le scénario diffère. Une escouade de démineurs approche d’un local reconstitué avec des bombes artisanales. L’entrée est piégée. Tout est suspect. Le but est de déminer le lieu puis de l’analyser. Grâce à un système de filage délicatement posé sur le plancher du local, le démineur parvient à faire sortir la bombe sans la faire exploser, le tout à l’aide d’un hook (crochet) placé à l’extrémité du « bout ».  

Début d’après-midi, direction la rade de Toulon. Huit plongeurs démineurs se mettent en combinaison de plongée. Ils vont procéder à des mesures du signal magnétique émis par le Zodiac à l’approche de mines. En relation avec un analyste de la Direction générale de l’armement (DGA), ils effectuent trois passages entre deux capteurs pour mettre à jour les données magnétiques. Quelques minutes plus tard, même action pour trois plongeurs, qui effectuent deux plongées à 7 mètres. Fin d’après-midi, retour sur base. Les marins s’organisent pour remonter les Zodiac sur le quai et ranger le matériel. 

Le Centre de préparation et d’analyse des opérations de guerre des mines (CPAOGM) 

Appartenant à l’état-major de guerre des mines de FRMARFOR(1), le CPAOGM est un centre opérationnel situé au souterrain de la base navale de Brest. « C’est la maison mère des données des fonds marins, nécessaires à la lutte contre les mines », explique le lieutenant de vaisseau Derrick, responsable des opérations nationales de guerre des mines. Armé par une équipe de 5 marins, il rassemble les données recueillies par les chasseurs de mines (français et OTAN), par les sonars latéraux des bâtiments remorqueurs de sonars (BRS) et par les GPD. Les données au format numérique sont analysées et comparées par l’œil expert des analystes en reconnaissance d’images sonar. Le CPAOGM pilote aussi, sous l’autorité du contrôleur opérationnel, des opérations de guerre des mines autour des ports d’importance vitale. « L’objectif est de connaître la zone en avance pour agir le plus efficacement possible en cas de crise », ajoute le LV Derrick. 

(1) Force aéromaritime française de réaction rapide

Témoignage

Major Thierry, commandant du BRS Altaïr

« La mission première au profit de la Fost est de faire en sorte que les accès au port de Brest et de l’Île Longue soient toujours sûrs. Les BRS ont été équipés du sonar latéral DUBM44 leur permettant d’augmenter sensiblement leurs capacités de détection en chasse aux mines. Une deuxième mission importante dédiée aux BRS (29 % de l’activité) est la surveillance des approches maritimes (PPSM) de la Bretagne nord à la frontière espagnole. D’un point de vue opérationnel, le BRS n’a pas vocation à collaborer directement avec les CMT. Par exemple, le BRS peut traiter l’accès au goulet de Brest et ainsi donner une image du fond au CPAOGM qui pourra procéder à la comparaison des données et faire intervenir des plongeurs ou un CMT pour une reconnaissance. »

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