Des talents au service de la Marine

Publié le 11 Janvier 2014 à 20:05

JNR 2013 : visite du ministre de la défense, Monsieur Jean-Yves Le Drian, au rallye-citoyen organisé au lycée professionnel de Saint-Maximin (Oise) le jeudi 4 avril 2013.

Aujourd’hui, la Marine nationale compte plus de 5000  réservistes opérationnels et citoyens affectés au sein des forces ou en état-major. Issus directement du monde civil ou anciens militaires, les marins de réserve sont employés dans des domaines très variés : des guetteurs de la flotte dans les sémaphores aux instructeurs sur les théâtres d’opérations extérieures (OPEX). Alors que la journée nationale du réserviste (JNR) 2014 vient de s’achever,  Cols bleus dévoile les enjeux de la réserve de la Marine et met en lumière au travers de témoignages la diversité des missions confiées aux marins de réserve.


Entretien avec le Contre-amiral Benoit Lugan, directeur adjoint du personnel de la Marine et  délégué aux réserves de la Marine

Amiral, comment la réserve d’aujourd’hui s’est-elle constituée ?

« En 1996, la grande réforme de professionnalisation des forces armées a entraîné une transition du service militaire obligatoire vers une politique de recrutement fondée sur le volontariat et une réduction des effectifs. Dans la Marine, les 18 000 postes honorés par les appelés ont été réduits de moitié et confiés à 5 000 réservistes,3000  engagés et 2 000 civils. C’est donc à partir des années 2000 que les réservistes sont devenus une ressource humaine indispensable au bon fonctionnement de la Marine. »

En quoi la réserve est-elle indispensable pour la Marine ?

« En 2013, nous comptions près de 37 000 marins d’active et 4 800 marins de réserve, soit près de 13% de l’effectif global de la Marine. Autour de ce socle de marins d’active, la réserve permet de renforcer nos équipages et nos structures, de faire face aux pics d’activités en augmentant les effectifs déployés et de disposer d’expertises spécifiques. L’an dernier, les réservistes ont effectué plus de 115 000 jours de présence dans le cadre de missions de soutien aux opérations, de rayonnement et de recrutement. En apportant cette contribution majeure à la réussite des missions de notre armée, les réservistes, marins à temps partiel, font partie de l’équipage  Marine. C’est pourquoi, il est important, au travers des JNR par exemple, de les mettre à l’honneur. La réserve pour nous, c’est capital ! »

Quel est le projet pour 2014 ?

« A la demande du cabinet du ministre de la Défense, le conseil supérieur de la réserve militaire (CSRM) pilote la création d’une instance de concertation dédiée à la réserve dans chaque armée. Dans la Marine, cette commission consultative des réservistes opérationnels de la Marine (CCRO-M) sera créée en 2014. Elle visera 3 objectifs : entretenir le dialogue avec tous les réservistes opérationnels, les informer des évolutions du ministère de la Défense et de la Marine et répondre aux questions relayées par les membres du conseil. Nous avons même anticipé la parution de l’arrêté qui officialisera la création de la CCRO-M et avons procédé à une première expérimentation en utilisant comme support d’échange et de dialogue le site Internet dédié à la réserve de la Marine. Pas moins de 230 réservistes se sont portés volontaires pour représenter leurs camarades. Dès la sortie de l’arrêté, nous publierons la désignation officielle des représentants Par ailleurs, afin de renforcer le lien Armée-Nation et de toujours disposer d’expertises particulières, nous cherchons à recruter davantage de réservistes parmi le monde civil. Ils représentent aujourd’hui près de 40% de l’effectif total des marins de réserve. »

Des civils devenus réservistes opérationnels !

Plus qu’une passion, une vocation 

Second-maître Olivier Trebaol, officier de la Marine marchande et guetteur de la flotte.

Fils d’ancien guetteur de la flotte, le SM Trébaol sert dans la réserve depuis 5 ans dans la même spécialité que son père. « En 1992, j’ai effectué mon service national en tant que guetteur sémaphorique, mais une inaptitude médicale m’a empêché de poursuivre ma carrière dans la Marine. Je n’ai cependant jamais quitté les métiers de la mer : moniteur de bateau école, capitaine de vedette à passagers, puis commandant sur remorqueur affrété par la Marine nationale » explique le SM Trébaol. Cet officier de la Marine marchande effectue, quand il le peut, les tours de quarts dans les sémaphores nichés le long des côtes méditerranéennes : «Le métier de guetteur de la flotte est très complet. Nous sommes détecteurs, timoniers, météorologistes, c’est un métier extrêmement passionnant. En 5 ans, j’ai effectué 480 jours de réserve » raconte le SM Olivier Trébaol. « En juin dernier, j’ai débarqué du bâtiment de la Marine marchande sur lequel j’étais commandant et en attendant une nouvelle mission, j’ai enfilé de nouveau l’uniforme bleu pour assurer mon service aux sémaphores de la Garoupe et de Camarat » explique Olivier Trébaol. « J’aime renouer avec la Marine, avec la petite famille des guetteurs de la flotte, je dois l’avoir dans les gènes.  Aux sémaphores, je ne suis pas vraiment considéré comme un réserviste, mais plutôt comme un personnel d’active. J’ai beaucoup de missions, de responsabilités… on me fait confiance et c’est très valorisant ! » conclut le SM Trébaol.

Vivre des expériences uniques

Enseigne de vaisseau Maxime, contrôleur de gestion et professeur de français sur les théâtres d’opérations.

En 2013, une vingtaine de marins de réserve a été déployée sur les théâtres d’opérations. L’EV1 Maxime était à Kaboul en Afghanistan entre octobre 2010 et mars 2011 pour renforcer le personnel déployé dans la cadre de l’opération EPIDOTE. «J’ai été envoyé en opération extérieure (OPEX) pour enseigner le français à des officiers supérieurs afghans. Chaque jour, je faisais cours à deux classes d’une douzaine d’élèves chacune. Pendant ma mission, j’ai également organisé un voyage de fin d’étude au Kazakhstan au profit des officiers auxquels j’enseignais le français. Comme nous entretenions de très bonnes relations, nous avons décidé de créer ensemble une association favorisant les échanges culturels et militaires entre la France et l’Afghanistan. Cette expérience a été très enrichissante aussi bien sur le plan professionnel que personnel. Dès mon retour en France, je n’avais qu’une envie : repartir ! C’est pourquoi je recherche une affectation qui me permettra de mener de nouvelles missions sur un théâtre d’opération » conclut l’EV Maxime. 

Servir son pays autrement

Lieutenant de vaisseau Muriel Rault, commissaire divisionnaire de police et officier analyste à l’Etat-major opérationnel (EMO).

Aujourd’hui, près de 20% des réservistes occupent des postes en Etat-major organique, territoriaux ou centraux à Paris. Aujourd’hui, pour le LV Rault, commissaire de police dans sa vie professionnelle civile et officier analyste à l’EMO, c’est la troisième affectation. « Depuis mon embarquement dans la réserve opérationnelle en 2003, j’ai occupé différents postes : d’abord officier en second de la préparation militaire Marine (PMM) de Saint-Malo, puis officier traitant au groupement interarmées des actions civilo-militaires de la Marine (GIACM) à Lyon et à l’EMO à Paris. Ma mission actuelle consiste à assurer le suivi du personnel déployé ou projeté en opération » explique le LV Rault. « Mon activité professionnelle est très prenante, mais j’essaie toujours de dégager au moins 15 à 25 jours par année pour pouvoir garder un pied dans cette armée à laquelle je suis très attaché. L’éventail de ses missions et de ses moyens en font une armée polyvalente et passionnante ; sa culture et l’esprit d’équipage qui y sont partagés jusqu’à l’Etat-major parisien la rendent particulièrement attachante. Les nombreuses similitudes entre la Police nationale et la Marine telles que la forte cohésion, le sentiment d’appartenance et le jargon employé m’ont également permis de rapidement trouver mes marques. Mon métier initial assouvit en partie ma volonté de servir mon pays. En étant réserviste dans la Marine, je la complète, mais autrement » confie Muriel Rault.

Chiffres : la réserve opérationnelle en 2013

- 4 800 marins sous contrat de réserve opérationnelle, dont 1 000 en interarmées ;

- 116 700 jours d’activités ;

- 12, 5 millions d’euros de budget ;

- En moyenne, 24 jours d’activité par réserviste ;

- 60% sont anciens militaires et 40% viennent du monde civil, y compris du contingent (anciens appelés) ;

- 15% des réservistes sont des femmes ;

Devenir réserviste !

Si vous êtes un civil sans expérience militaire, prenez contact avec le centre d’information et de recrutement des forces armées (CIRFA) le plus proche de chez vous. Si vous êtes un ancien militaire, adressez-vous à votre antenne pour l’emploi des réservistes (APER) située à Paris, Brest, Toulon ou outre-mer. Pour connaître les emplois disponibles et postuler, consultez chaque mois les lettres d’informations publiées sur le site www.reserve.marine.defense.gouv.fr.

Il existe également une autre forme de réserve :

La réserve citoyenne, ce sont 350 personnes qui soutiennent la Marine au jour le jour en agissant comme des ambassadeurs  De la Marine et du milieu maritime. Très actifs dans le domaine du rayonnement et du devoir de mémoire, ces professionnels mettent aussi leurs compétences à la disposition de la Marine et lui apportent leur expertise dans des domaines très différents : droit, enseignement supérieur et secondaire, monde de l’entreprise, sensibilisation des décideurs, communication, etc. Une véritable somme de talents au service de la Marine nationale et de notre bien le plus précieux : la mer.

Pour en savoir plus sur la CCRO-M, rendez-vous sur le site Internet www.reserve.marine.defense.gouv.fr.

Auteur : EV2 Sophie Morel 

 

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