Le concept et les moyens - Amphibie, mode d’emploi

Publié le 9 Mai 2018 à 11:35

© F. EUSTACHE/MN - Deux chalands de transport de matériels (CTM) en manoeuvre amphibie devant les plages du Koweït, le 2 février 2018.

« Les opérations amphibies ne se réduisent pas à l’image d’Épinal de l’opération Overlord », précise le CF Quentin, de l’état-major opérations (EMO), bureau Emploi-doctrine/FUSCO. Multimilieux, interarmées, interarmes, multiformes, « elles figurent parmi les plus complexes à planifier et à réaliser », souligne le CF Alexandre, du bureau Emploi-doctrine – Projection puissance – Contrats opérationnels à l’EMO. Il peut s’agir de l’insertion discrète de commandos jusqu’à la mise à terre d’une force multinationale. Mais, en dépit de cette diversité apparente, elles répondent toutes à une même définition. Selon la doctrine(1), une opération amphibie répond à quatre caractéristiques : elle est conduite à partir de la mer, elle met en œuvre des forces interarmées, elle est exécutée sur une côte hostile ou potentiellement hostile et elle implique un changement de milieu car elle se déroule à la fois sur mer, sur terre et dans les airs. Cette définition française de l’opération amphibie est conforme à celle de l’OTAN. 

 

La conduite à partir de la mer    

La projection de forces de la mer vers la terre qu’implique une opération amphibie peut se faire de plusieurs façons, mais toutes les opérations amphibies ont en commun de partir nécessairement du large, depuis une force maritime dénommée « Task Force amphibie » dont le chef est un officier de marine : le CATF (Commander Amphibious Task Force). 

La mer procure de nombreux avantages. Le plus important d’entre eux est l’accès direct aux eaux territoriales de n’importe quel pays côtier. Les bassins maritimes communiquant tous les uns avec les autres, la liberté de circulation en haute mer et dans les détroits internationaux permet d’accéder jusqu’à 12 nautiques de n’importe quelle côte, sans enfreindre les conventions internationales. Et sans dépendre de l’accord d’un pays tiers. 

 

Le changement de milieu 

Complémentaire de la projection depuis la mer, le changement de milieu est essentiel pour qualifier une opération d’amphibie. Le déploiement ne s’effectue pas seulement vers la terre mais également dans les airs. En préalable, il passe inévitablement par des investigations sous-marines. L’amphibie s’inscrit donc dans les quatre dimensions (4D).

 

La FLOPHIB, l’amphibie en action   

Basée à Toulon, la flottille amphibie (Flophib) a été créée en 1946 en Indochine. « Ses engins ont quelque peu évolué depuis ce conflit », note le CF Bertrand, son commandant. Aujourd’hui, cette unité de la Force d’action navale regroupe 110 hommes chargés d’armer et d’entretenir 8 CTM, 4 EDAR et 3 ERP (Équipes de reconnaissance de plage). « La Flophib envoie un détachement à chaque appareillage de BPC pour une mission longue durée ou pour des manœuvres ou des exercices amphibies, précise-t-il. Elle tient des équipages parés pour deux alertes interarmées. » 

Partie intégrante du système d’armes des BPC, la Flophib est devenue progressivement un rouage essentiel au sein de la Marine par son expertise et le développement de ses moyens. 

 

EDAR : un concentré d’ingéniosité   

Admis au service actif en 2013, les 4 engins de débarquement amphibie rapide (EDAR) sont indispensables aux opérations amphibies dans les phases d’embarquement et de débarquement. Capables de débarquer matériel et personnel sur une plage, une cale ou un quai, ils sont déployés depuis les BPC à plus de 30 nautiques (55 km) des côtes. Leur mission : transporter et faire débarquer des troupes et du matériel. 

Grâce à leur envergure (30 m de long et 12 m de large), leur capacité d’emport (80 tonnes) et leur vitesse (30 nœuds à vide et 18 nœuds en charge grâce au système de foil), ces catamarans constituent un réel atout. Ils présentent en outre une grande manœuvrabilité, une facilité de chargement et de déchargement, mais surtout un changement de forme (catamaran en transit, fond plat à l’approche du littoral) très adapté aux manœuvres amphibies.

 

CTM : une robustesse à toute épreuve   

Les chalands de transport de matériels (CTM) sont les premières unités à avoir intégré le système des opérations amphibies en 1982. D’une robustesse, d’une rusticité et d’une simplicité de mise en œuvre reconnues (en particulier par leur petite taille et leurs deux lignes d’arbres qui leur octroient une grande manœuvrabilité), ils participent activement au processus de débarquement sur plage (« beachage ») de personnes (jusqu’à 100 en temps normal et 200 en conditions précaires et sans véhicules à bord) et d’engins du groupe tactique embarqué. Un CTM a une capacité d’emport de 90 tonnes. Sa vitesse maximum est de 9 nœuds. 

En mission secondaire, les CTM peuvent effectuer du transport côtier. Ces chalands sont précieux pour la mise à terre dans des eaux encombrées ou de faible profondeur. Ils devraient être remplacés à partir de 2019 par les CTM NG.

 

ERP : des experts indispensables    

Pour débarquer hommes, matériels ou engins sans risque, il faut avoir une connaissance précise de la zone d’opérations. Les équipes de reconnaissance de plage (ERP) sont chargés de vérifier le gradient, la nature des fonds et la présence ou non d’obstacles sous-marins dans la zone de plageage, mais aussi de participer à l’organisation de la plage (aménagements) et à la régulation des vagues d’engins amphibies. Elles sont généralement composées de quatre plongeurs (dont un directeur de plongée et un mécanicien/pilote d’embarcation). Les ERP sont les maîtres d’œuvre lors du débarquement ou rembarquement, sous les ordres du chef de plage, et contribuent à assurer la sécurité du débarquement.  

 

(1) Opérations amphibies (Livret 1/2). Publication interarmées PIA-3.1.1_1(A)_OA(2011) N°187/DEF/CICDE/NP du 7 novembre 2011 Amendée le 2 avril 2015. Centre interarmées de concepts, de doctrines et d’expérimentations (CICDE).

 

 

Interview

CV (R) Bernard Prezelin, auteur de  Flotte de combat  (Édition 2016)

Quelle est l’importance de l’amphibie au sein des marines étrangères ?  

On trouve la dimension amphibie essentiellement sur le continent américain (États-Unis, Chili, Brésil, Mexique, Pérou), en Europe (Angleterre, Espagne, Italie, Pays-Bas), en Asie et dans une moindre mesure sur le continent africain (Égypte et Algérie). Les États-Unis ont la flotte amphibie la plus importante de la planète (10 porte-hélicoptères d’assaut, 23 transports de chalands de débarquement et 8 transports rapides de personnel). À noter que le Canada ne possède aucun moyen amphibie. La Russie ne possède pas de gros moyens amphibies non plus.

 

Qu’en est-il sur le continent asiatique ?  

La puissance amphibie en Asie, c’est la Chine. Parmi les grandes marines asiatiques, elle a fortement évolué pour devenir un acteur majeur avec le Japon, la Corée du Sud et dans une moindre mesure l’Inde, qui monte en puissance. La Marine chinoise est en train de se doter d’un BPC. Elle dispose déjà de 5 TCD et surtout d’une quarantaine de bâtiments de débarquement de chars.

 

 

À RETENIR

• Basée à Toulon, la Flophib est une unité de la Force d’action navale (FAN) qui regroupe 110 hommes chargés d’armer et d’entretenir 8 CTM, 4 EDAR et 3 ERP.

• Les ERP sont les maîtres d’œuvre lors du débarquement ou rembarquement, sous les ordres du chef de plage, et contribuent à assurer la sécurité du débarquement.

Vos réactions: 
Moyenne: 4.3 (3 votes)
Envoyer