Témoignages

Publié le 3 Mai 2018 à 11:00

© Marine nationale

CV Jean, commandant du BPC Dixmude et de la groupe Jeanne d’Arc, Commander Amphibious Task Group

 

©Cindy Motet/MN

CB : Commandant, quel est la plus-value d’une opération amphibie ?

Il y a plusieurs réponses à cette question, car il existe de nombreux types d’opérations amphibies (au pluriel !). Une opération amphibie est en effet définie comme une manœuvre lancée depuis la mer contre une côte hostile ou potentiellement hostile qui combine des moyens aériens, terrestres et navals.

Quatre types d’opérations amphibies peuvent être distingués. Le premier a pour objectif la conquête d’une tête de pont et, depuis celle-ci, de s’emparer d’un territoire. Le deuxième est le raid mené par des effectifs limités, souvent spécialisés. Il s’agit d’une « descente » ou d’un coup de main de type « commando » contre une cible ponctuelle et localisée. Le troisième est une opération de rembarquement de grande ampleur. Quant au dernier, il consiste en une démonstration de force destinée à faire peser une menace suffisamment crédible pour fixer des troupes sur la côte.

Par ailleurs, on peut aussi classer dans les opérations amphibies la mise en œuvre d’une capacité hélicoptère de combat, remarquablement illustrée par l’opération Harmattan au large de la Lybie. Le couple « hélicoptères de combat – bâtiment de projection et de commandement (BPC) » a démontré une aptitude opérationnelle complémentaire du porte-avions et de son groupe aérien, permettant une gradation des effets dans l’intervention sur des centres de gravité ennemis, en zone littorale ou dans la profondeur du théâtre d’opération.

Toutes ces opérations amphibies ont une plus-value majeure. En effet, l’évolution de la géographie humaine et des zones d’intérêts de la France implique qu’une proportion importante de conflits impliquant notre pays concernera très probablement des régions littorales. Dans ce contexte, la mer fournit un mode d’accès souvent privilégié et parfois unique aux moyens d’intervention à terre : la liberté des mers permet de déployer et de prépositionner un BPC et sa Force de Réaction Embarquée (FRE) au large d'une côte, en dehors des eaux territoriales, sans forcément d’accord diplomatique avec un pays tiers.

 

CB : En quoi les opérations amphibies sont telles différentes des autres opérations de la Marine ?

Conduite sur un littoral, à l’interface entre deux milieux et imposant une transition de l’un à l’autre, hautement dépendante des conditions environnementales et de la connaissance précise du terrain et de la situation ennemie, une opération amphibie est une entreprise périlleuse et complexe. Elle nécessite donc une préparation minutieuse, une exécution rigoureuse et un important soutien logistique.

Il s’agit par ailleurs d’une opération intrinsèquement interarmées. Pour constituer un « groupe amphibie », le BPC agrège en effet autour de lui des frégates, afin d’assurer la protection du groupe contre des menaces aériennes, sous-marines et de surface, et apporter un appui feu naval, des bâtiments de guerre des mines, et bien sûr  une Force de Réaction Embarquée (FRE) composée :

  • d’un Groupement Tactique Embarqué (GTE) avec ses véhicules et ses troupes, issus de deux brigades spécialisées de l’armée de terre (9ème BIMa et 6ème BLB) ;

  • et/ou d’un Sous-Groupe AéroMobile (S/GAM) d’hélicoptères de la brigade d’aérocombat (BAC) de l’Aviation Légère de l’Armée de Terre (ALAT).

Cet ensemble est placé sous la responsabilité du Commander Amphibious Task Group (CATG), qui exerce le commandement tactique de l’ensemble des unités déployées. Il dispose pour cela d’un état-major interarmées, et s’appuie sur une structure de commandement amphibie particulière.

En effet, le commandement du GTE étant exercé par un officier supérieur de l’armée de terre qui assure les responsabilités de Commander Landing Group (CLG), la conception, la planification et la conduite de l’opération reposent sur une parfaite compréhension réciproque des différents protagonistes, et donc un effort d’ouverture et d’explication permanent.

 

CB : Les futurs officiers de marine sont désormais tous certifiés SQOA, pourquoi ?

Une grande majorité des opérations actuelles sont des opérations interarmées, qui requièrent à ce titre un niveau d’interopérabilité poussé entre marins, terriens et aviateurs. Quelle que soit leur future spécialité (surfacier, sous-marinier, pilote, commando ou plongeur-démineur), les midships seront probablement amenés, un jour ou l’autre, à être impliqué dans une action littorale interarmées.

Il est donc important qu’ils en découvrent tôt les particularités, et qu’ils développent leur connaissance et leur compréhension des différentes logiques de milieu. Dans cette même optique, je me félicite que nous ayons pu embarquer sur le trajet Beyrouth-Djibouti, des sous-lieutenants de l’ESM Ct Cyr et de l’EMIA. Tout en se familiarisant avec les particularités de la vie embarquée et du fonctionnement d’un bâtiment à la mer, ils ont ainsi pu assister à la phase de planification de l’exercice Wakri, comme à sa conduite. Et dans le même temps, les midships, qui participaient au MTIA, ont pu se frotter à la complexité du combat d’infanterie à Arta.

 

CB : Pouvez-vous nous raconter une anecdote, un souvenir marquant durant une opération amphibie ?

Je me souviens de la phase finale d’un exercice Cormoran, conduit alors que j’étais commandant en second du BPC Tonnerre. L’objectif consistait à aller frapper des cibles à terre, de nuit, en discrétion. Au terme de plusieurs jours d’entrainement avec un détachement conséquent d’une douzaine d’hélicoptères d’attaque et de de manœuvre de l’ALAT, nous avions lancé un strike de 10 machines sur l’Ile du Levant.

Il faut bien comprendre que faire décoller 10 hélicoptères, à partir des 6 spots du pont d’envol, requiert un très haut niveau d’entrainement et de coordination entre les équipes de mise en œuvre du hangar et du pont d’envol, les équipages des hélicoptères, et la chaine de commandement.

Mais ce travail de mécanisation poussée a été récompensé par le « spectacle » réellement fascinant donné par ce ballet d’hélicoptères mis en œuvre de nuit sous jumelles de vision nocturne, tous feux éteints et en silence radio.

 

Colonel Erwan, chief of staff (COS), command amphibious task group (CATG), FRMARFOR (cellule amphibie)

CB : Mon Colonel, pouvez-vous nous expliquer quelle est votre fonction à bord du BPC (Bâtiment de projection et de commandement) Dixmude dans le cadre des opérations amphibies ?

Une force amphibie est articulée autour d’un BPC (ici le Dixmude) et se compose d’un bâtiment d’escorte soit une FDA, soit une FLF le Surcouf, un GTE Frégate de défense aérienne (à Djibouti le 5 RIAOM) renforcé par un SGTE du 3ème RIMa et un SGAM Sous groupement aéromobile

du 5ème RHC. Pour diriger cette force, un état-major interarmées aux ordres du CATG Commander amphibious task group (le commandant du DIXMUDE, le CV PORCHER) est constitué. Je suis donc le chef de cet état-major embarqué, qui a pour mission de planifier et de conduire les opérations amphibies ordonnées par le CPCO ou par un commandement opérationnel de zone (CECMED, COMANFOR FFDJ ou ALINDIEN). Cet état-major est composé de personnel de l’armée de terre et de la marine nationale, formés et entraines pour ce type d’opération. Nous devons mettre dans l’ordre toutes les tâches spécifiques que constituent in fine une opération amphibie.

CB : Pouvez-vous nous expliquer sommairement le fonctionnement d’une opération amphibie ?

Pour pouvoir mettre à terre le groupement tactique embarqué (infanterie, blindés, appuis artillerie et soutien logistique) et conduire la manœuvre aéroterrestre, nous devons pouvoir bénéficier de renseignement sur la zone de mise à terre (présence d’adversaires sur la plage, menace mines, données techniques sur l’aptitude du site de plage pour recevoir nos connecteurs amphibies). Ceci est le rôle des forces avancées qui appartiennent à la marine nationale (commandos marines et plongeurs démineurs). Une fois ces éléments connus, tout en étant protégés par les forces avancées (ou par les fusiliers marins), nous déployons le GTE de nuit ou très tôt le matin, à partir du BPC, par air (hélicoptères du SGAM) ou grâce à la batellerie de la flottille amphibie (EDAR Engin de débarquement rapide et CTM Chaland de transbordement maritime par vagues successives, sur des objectifs précis et fixés en planification. Le chef tactique reste le commandant du BPC mais c’est le chef de corps du GTE qui conduit la manœuvre à terre. Pendant toute l’opération celui-ci est appuyé par le BPC et la FLF. Cette dernière est en mesure d’assurer l’appui feu naval lors de la phase de débarquement et de rembarquement au profit du GTE ainsi que la protection du BPC DIXMUDE.

Une fois les objectifs à terre atteints, le GTE conduit une manœuvre rétrograde pour embarquer dans le BPC, en utilisant les moyens qui lui ont permis de se mettre à terre. L’opération amphibie est alors terminée et le groupe amphibie est en mesure d’être engagé ailleurs.

CB : À quelles opérations avez-vous déjà participé auparavant?

J’ai servi en Bosnie, au Kosovo, en république de côte d’ivoire, en Afghanistan et au Mali. Mais pour ce qui est des opérations amphibies, je n’ai jamais été engagé en opération dans un cadre amphibie. Néanmoins les BPC ont participé à des opérations amphibies, évacuation de ressortissants (2006 au Liban, 2015 au Yemen), Harmattan en Lybie en 2011(raid d’hélicoptères d’attaque depuis un BPC), de transbordement maritime (SERVAL en 2013) et d’assistance humanitaire récemment (IRMA en 2017). En 2017, une nouvelle ère s’est ouverte avec le déploiement opérationnel Bois Belleau 100, où nous avons franchis un cap en déployant avec nos allies américains, un groupe amphibie en déploiement préventif pendant quatre mois.

CB : En quoi la mission Jeanne d’Arc est particulière, selon vous, au niveau amphibie ?

Nous ne parlons pas le même langage marin et terrien et parfois nous avons du mal à nous mettre d’accord. Il est donc important de se connaitre, d’être formé et de s’entrainer pour conduire des opérations ensemble. C’est pourquoi ce déploiement jeanne d’arc est important pour la marine et l’armée de terre, car il permet de maintenir les savoir-faire amphibies, la connaissance mutuelle et d’affirmer la présence française sur toutes les mers et les océans et parfois sur la terre.

 

Lt-Colonel Frédéric, état-major de la 9e brigade d’infanterie de Marine (9e BIMa) à Poitiers

CB : Quel a été votre rôle au sein de Bois Belleau 100 ?

Affecté à titulaire du stage de qualification amphibie du 3e niveau (SQOA3), j’étais volontaire pour participer à la mission Bois Belleau 100. J’ai donc été naturellement désigné pour tenir les fonctions d’officier d’état-major chargé de la planification des opérations amphibies et celles de commandant du détachement interarmes de la 9e BIMa.

Avec l’embarquement de la composante américaine de l’état-major et du détachement de l’US Marines Corps, je suis devenu le correspondant du commandant du landing group américain pour mon détachement, un officier de cet état-major amphibie franco-américain, le détachement interarmes de la 9e BIMa étant directement placé sous le commandement d’un commandant de compagnie des Marines.

 

CB : Avez-vous participé ou assisté à des opérations amphibies ?

Dans le cadre de la mission Bois Belleau, j’ai naturellement participé aux exercices Mercy en Jordanie, Alligator Dagger en République de Djibouti et Alligator Thunder aux Emirats Arabes Unis. Ce tout premier déploiement d’un amphibious task group (ATG) franco-américain, prépositionné en zone de crise était un vrai défi. Le déploiement alternait des exercices amphibies complexes à planifier comme autant de séquences d’entraînement interarmes, interalliées et interarmées à l’étranger mais aussi de démonstrations de nos capacités opérationnelles amphibies.

Durant ma carrière, depuis un exercice ELEMEX en Bretagne Sud en 1996, j’ai été projeté en Albanie (TCD ORAGE) en 1997, participé notamment à CATAMARAN en 1997, à DANAB à Djibouti en 1999, à CATAMARAN en 2001, DESTINED GLORY en Sardaigne en 2003.

Par ailleurs, j’ai aussi concouru à la préparation d’exercices comme Poséidon (1ère prise d’alerte OTAN amphibie de la France) en 2006 et suivi le cursus de formation amphibie national et britannique. Enfin mes activités à l’état-major m’ont placées au cœur de la vocation amphibie de la 9e BIMa.

 

CB : Comment jugez-vous la capacité de la Marine à les mettre en œuvre ? en particulier via l’action des BPC et de FLOPHIB ?

Il ne m’appartient pas de juger la capacité de la Marine Nationale à mettre en œuvre ses capacités amphibies, ni à me prononcer sur la mise en œuvre des BPC et de FLOPHIB.

Néanmoins, ce que mon expérience m’assure, c’est que la projection de force amphibie est tout sauf un simple exercice de transport maritime. Elle repose sur un entraînement régulier des unités de l’armée de Terre (9e BIMa, 6e BLB et 4e BAC) avec l’état-major de FRMARFOR/N0A et démontre que l’amphibie français est performant mais surtout reconnu par nos alliés. L’aptitude opérationnelle amphibie française se mesure à la fréquence et au niveau des interactions avec les forces amphibies étrangères : américaines, britanniques et hollandaises mais aussi brésilienne, néozélandaise ou australienne.

 

CB : Qu’apportent-elles de plus, selon vous, aux opérations courantes de la Marine ?

Les opérations amphibies sont des opérations nécessairement interarmées qui augmentent le spectre des opérations avec la mise à disposition du chef des armées d’une capacité de projection de force offerte par le pré positionnement stratégique d’une force embarquée rompue aux opérations à partir de la mer. Si on ajoute à ces opérations amphibies, les interventions humanitaires après les catastrophes naturelles (Indonésie, Haïti, Irma), les opérations amphibies assurent à la France une liberté d’action politique.

 

CB : La coordination de ce type d’opération entre les différentes armées est-elle efficace ?

Les actions de formation, les réunions régulières (liées au comité exécutif amphibie ou à l’amphibious subworking group du CJEF), la préparation des exercices nous obligent à des échanges très fréquents et facilitent cette coordination. C’est une réussite grâce à un entraînement régulier, à tous les niveaux et sur des relations fréquentes entre N0A et les états-majors de brigade.

Ainsi, pour le détachement de la 9e BIMa engagé sur la mission Bois Belleau, les deux mois passés à bord aux côtés de l’équipage du Tonnerre ont permis de conduire un entraînement amphibie et aéromobile exceptionnel. Il résulte de semaines de préparation, facilitées par une excellente connaissance mutuelle puis par la volonté de forger ensemble un outil de combat affuté.

En 2018, l’état-major de la 9e BIMa conduira un exercice d’entraînement à la planification amphibie Narval avec FRMARFOR à bord du Tonnerre. En plus des exercices de mécanisation, ses régiments participent à la mission Jeanne d’Arc, aux exercices Catamaran et Trident Juncture.

 

LV Mickaël – Comops Flophib

De mon spectre, il y a une phase planification, où l’état-major embarqué se met autour de la table, planifie un nombre d’actions, établit un SOE (chronologie matrice de ce qui va se dérouler au cours de cette opération). Ensuite, nous avons une phase « rehearsal ». C’est une démonstration de force qui nous permet de mettre à terre l’ensemble de ce qui a été embarqué à bord du BPC (personnel, véhicules). Cela nous permet également de réarticuler tous les véhicules en fonction de la planification définie et des besoins de l’AT au moment où il faudra faire le « vrai » débarquement. Puis on rembarque tout le monde.

Cela n’a pas lieu sur le lieu du débarquement. On garde la surprise. On se dirige ensuite tranquillement vers le lieu de débarquement. Puis mise à terre de tout ce qui est à bord des bâtiments amphibies. On met à terre le personnel et le matériel grâce aux vecteurs nautiques de la flottille amphibie, EDA-R et CTM (ou EDA-S). Une fois à terre, il y a un TOA (Transfert of authority : C’était un chef marin qui était aux manettes au début de l’opération et après la phase de débarquement c’est le chef terrien qui récupère la main mise sur ses moyens et qui est capable de mener l’opération terrestre). Ensuite, on est censé jouer le « deuxième échelon » (soutien logistique de l’opération pour soutenir le personnel débarqué à terre dans la durée).

Il faut des formés, entraînés à mener ce genre d’opérations et qu’on puisse avoir les différents personnels (marins terriens ou aériens) entraînés.

On s’entraîne au travers de différentes opérations ou exercices majeurs ou dimensionnant avec les alliés.

Avant de mener une opération amphibie, il faut s’assurer d’avoir la supériorité aérienne.

Pouvoir maîtriser les embarquements et débarquements d’engins, de véhicules du porteur qui se trouve en mer sur ces vecteurs nautiques puis les faire plager en toute sécurité, c’est le cœur du métier de la flottille amphibie. Dans ce système, je suis un élément qui permet de coordonner les différentes actions/activités afin de pouvoir s’entraîner à ça.

Il y a un travail préparatoire important à mener. Plus la préparation est bonne, plus nous aurons identifié les NO-go, les cas non-conformes, plus nous aurons identifié des portes de secours. Donc nous rentrons plus dans la finesse de l’opération et nous sommes capables de nous reconfigurer et pouvoir rendre compte aux chefs en ayant déjà pensé à la solution de secours. La clé, c’est l’anticipation. Ce qui pêche la plupart du temps, ce sont les sites de plageage. Nous n’avons pas la main mise dessus. On peut se rendre compte, en fonction des aléas météorologiques, qu’un site de plageage vert quelques semaines auparavant, sera complètement changé après une tempête ou un coup de vent. C’est le terrain qui commande. On essaye d’anticiper au mieux les petits couacs qu’il pourrait y avoir.

 

LV Kai-Peter, Service Pont (Pont2 – officier de chargement)

Officier d’échange allemand

©Cindy Motet/MN

 

CB : Quelle est votre fonction à bord du BPC Dixmude ?

Je suis l’adjoint au chef de service « Pont » du BPC Dixmude, et l’assiste dans les domaines « manœuvre » et  « navigation ». A ce titre, je suis officier chef du quart en passerelle et suis parfois chargé de la préparation des manœuvres particulières.

Je suis également « officier chargement », en lien avec le domaine « amphibie ». A quai, en amont d’une manœuvre ou d’un exercice amphibie, je suis responsable des actions préparatoires de chargement de véhicules (chars, tanks, …) et de matériel (pièces techniques, rations de combat, gilets pare-balles, …) de l’armée de terre.

CB : En quoi votre rôle est-il impacté par les opérations amphibies ?

Mon travail se situe à plusieurs niveaux :

  • Dans la planification théorique d’une manœuvre amphibie, je travaille en collaboration avec le commandant adjoint opérations ou les responsables d’un état-major embarqué.

  • Pour la partie pratique, je travaille surtout avec le Bosco depuis le radier et les hangars véhicules : séquences de ballastage, plan de chargement des hangars, constitution des cuves, séquences de chargement et déchargement des véhicules et les moyens pour mener ces actions. Je supervise alors une équipe de manœuvriers, qui sont les « petites mains » de ces opérations.

Ce qui est vraiment intéressant est d’être le relai entre le travail théorique et tactique de l’état-major et les actions pratiques menées par l’équipe des manœuvriers.

J’ai aussi la casquette de l’officier liaison lorsque le BPC embarque des troupes de l’armée de terre. Je suis en relation avec mon homologue du régiment embarqué, l’OEA : officier d’embarquement amphibie, qui me donne les priorités tactiques du déchargement ou de la manœuvre amphibie.

CB : Est-ce votre première opération amphibie ?

Avant d’intégrer l’équipage du BPC « Dixmude », je n’avais pas pu approcher le domaine « amphibie » puisque j’étais officier de lutte anti-aérienne sur une frégate Allemande. A mon arrivée, j’ai suivi plusieurs stages de qualification pour me remettre à niveau : SQOA (stage de qualification aux opérations amphibies) et le stage interarmées d’officier embarquement amphibie, qui insiste notamment sur la doctrine de l’OTAN et de la France dans ce domaine.

Le but de ce poste d’échange est de voir comment la Marine française travaille dans le domaine de l’amphibie. J’en ai eu un bel aperçu puisque j’ai eu l’occasion de participer à plusieurs manœuvres amphibies à bord du BPC Dixmude : lors des deux dernières missions « Corymbe », nous avons mené des exercices amphibies en Côte d’Ivoire. Régulièrement, nous prenons part également des exercices amphibies en Méditerranée, comme l’exercice SKRENVIL en 2017, ou des entraînements RESEVAC.

CB : Selon vous, en quoi la mission Jeanne d’Arc se prête particulièrement aux opérations amphibies ?

Le fait de pouvoir s’entraîner avec l’armée de terre française et d’autres nations dans le domaine de l’amphibie, ainsi que de mener des exercices conjoints de grande ampleur, est un avantage certain de cette mission opérationnelle.

L’aspect « formation » est également largement mis en avant, et permet aux jeunes officiers tout juste sortis de l’école navale de se familiariser avec le domaine de l’amphibie. En plus des cours théoriques, ils sont intégrés à tour de rôle au sein du service « Pont » et peuvent participer concrètement à des manœuvres à différents niveaux (passerelle de navigation, découverte du radier, des embarcations amphibies…). Ces temps d’intégration leur permettent de prendre part au dialogue entre les différents acteurs du domaine. Surtout ils peuvent s’appuyer sur l’expérience et les compétences des experts techniques du domaine, notamment le Bosco et son adjoint, ce que je n’hésite pas à faire moi-même au quotidien.

 

 

Cne David - Chef du détachement de l’aviation légère de l’armée de terre (ALAT)

Embarqué à bord du BPC Dixmude, de Toulon à Djibouti, pendant la mission Jeanne d’Arc 2018.

 

© Christophe Hugé/MN

CB : Quelles étaient vos fonctions à bord du BPC Dixmude ?

J’étais le chef du détachement de l’aviation légère de l’armée de terre (ALAT) embarqué à bord du BPC Dixmude pendant la mission Jeanne d’Arc 2018. Ce détachement est issu du 5ème régiment d’hélicoptères de combat (RHC) de Pau. Notre mission à bord du Dixmude est de former et d’entrainer nos pilotes de l’ALAT aux appontages, qui sont des opérations propres aux marins habituellement. Nous participons également à l’exercice amphibie Wakri 2018 à Djibouti.

 

CB : Quel est le rôle de l’ALAT pendant les missions amphibies ?

Nos hélicoptères Gazelle sont employés dans des missions de reconnaissance, de renseignement et d’appui des troupes au sol.

Prenons l’exemple de l’exercice Wakri : en amont de l’opération, les hélicoptères effectuent des missions de renseignement au profit de la marine. Le but est d’identifier ou non la présence d’ennemis sur les zones de débarquement. Après le débarquement, nous effectuons du renseignement en profondeur au profit des troupes débarquées par le Dixmude afin d’accompagner leur avancée sur le terrain. Enfin, pendant l’engagement des troupes au sol, nous appuyons et éclairons leur progression.

 

CB : Est-ce votre première mission amphibie ?

Je totalise quatre missions Jeanne d’Arc. J’ai également participé au déploiement du BPC Mistral avant son admission au service actif. Enfin, j’ai participé à l’exercice Emerald Moove au Sénégal en 2011.

 

CB : En quoi la mission Jeanne d’arc est particulière pour vous ?

Globalement, les missions Jeanne d’Arc sont particulières pour moi car elles me permettent de collaborer avec la marine, de m’acculturer au monde des marins et enfin de gagner en expérience sur les spécificités de pilotage propres aux pilotes de la marine.

La mission Jeanne d’Arc 2018 est singulière car elle permet, d’une part, aux membres du détachement de l’ALAT de progresser dans leur formation aéromaritime et se conclue, d’autre part, par un exercice amphibie d’ampleur.

 

CB : Quels sont les enseignements que vous tirez de vos nombreux embarquements à bord des bâtiments de la Marine ?

Participer à une mission Jeanne d’Arc nous permet, aux autres pilotes de l’ALAT et à moi-même, de nous entraîner à apponter sur des bâtiments de la marine, de jour comme de nuit. C’est particulièrement formateur sur les plateformes des bâtiments de l’escorte, comme la FLF Surcouf actuellement, qui sont plus petites que celle d’un BPC. Pour moi, la plus grande difficulté des vols au profit de la marine est l’apprentissage de l’appontage par nuit noire, c’est-à-dire sans référence horizon.

 

CB : Pourriez-vous nous parler d’un souvenir marquant avec la Marine ?

De toute ma carrière, mon meilleur souvenir de vol était une mission effectuée en collaboration avec la marine au-dessus des chenaux de Patagonie, depuis le porte-hélicoptères Jeanne d’Arc. Mon rôle consistait à éclairer la Jeanne d’Arc afin d’intercepter un bâtiment militaire, dans le cadre d’un exercice bilatéral avec l’Argentine.

Ce vol est un excellent souvenir pour moi puisqu’il s’agissait de ma première mission tactique en collaboration avec la marine et qu’il se déroulait dans un environnement exceptionnel, loin de mes théâtres d’opérations habituels.

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