COM Brest - Déploiements lointains - Opérations de sûreté

Publié le 10 Avril 2018 à 15:45

© A. MONOT/MN - L’opération Damier est une opération de surveillance renforcée de la rade de Brest, du goulet et de ses approches.

Du Grand Nord à l’Afrique du Sud, la zone maritime Atlantique équivaut à huit fois le territoire européen. Pêche, commerce, plaisance… : les activités y sont multiples et intenses. Ainsi, au large de la Bretagne, plus de 120 navires empruntent tous les jours le rail d’Ouessant avec 700 000 tonnes de marchandises dangereuses. 

 

La première mission du COM Brest est d’assurer la sûreté des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE), dont au moins un est en permanence dilué dans l’immensité océanique. On compte, chaque année, environ 80 mouvements de sous-marins qui nécessitent une escorte et une protection adaptée. Grâce aux moyens de lutte anti-sous-marine (ASM) de la Marine, la liberté d’action et de mouvements de ces unités précieuses est assurée. La chasse aux mines y contribue également par le contrôle régulier des fonds dans les zones de transit. L’opération Damier, qui met en œuvre à la fois des chasseurs de mines, des bâtiments remorqueurs de sonars (BRS), le groupe de plongeurs démineurs (GPD) de l’Atlantique et l’état-major de conduite des forces de guerre des mines, a pour but de sécuriser nos approches maritimes et de maintenir un haut niveau de savoir-faire dans ce domaine. C’est ainsi qu’aujourd’hui encore, de nombreux engins explosifs, datant de la Seconde Guerre mondiale, sont neutralisés. On estime leur nombre à 2 000 par an, toutes façades maritimes confondues.    

Au sein de cet immense océan, notre zone de sûreté prioritaire va de la Manche au Portugal, jusqu’à 600 nautiques de nos côtes. Elle constitue le premier niveau de défense. De ce fait, des moyens aériens et navals y sont déployés quotidiennement. Le COM Brest a, en outre, la responsabilité de deux autres zones d’intérêt opérationnel : la première, le Grand Nord, s’étend jusqu’à l’océan Arctique et la Marine y mène des missions régulières dans le cadre de la fonction « connaissance et anticipation » ; la seconde, le golfe de Guinée, donne lieu à des opérations de prévention pour protéger les ressortissants et intérêts français, mais également pour aider les marines africaines à assurer elles-mêmes leur propre sécurité.

En 2017, le COM Brest a dirigé 19 déploiements opérationnels lointains ainsi qu’une présence permanente dans nos approches. Cela représente 1 330 jours de mer et plus de 1 000 heures de vol. Les moyens de la Marine ont également secouru dans la zone 51 personnes blessées ou en difficulté en mer au cours de l’année.  

 

Le rôle du COM dans le contrôle des unités en mission Corymbe

Déployée de façon quasi-permanente dans le golfe de Guinée depuis 1990, la Marine nationale lutte contre l’insécurité maritime en renforçant les capacités d’action des marines riveraines.
Au fur et à mesure des déploiements et des exercices, le COM Brest recueille des données précises sur la zone et l’activité maritime, lui permettant d’évaluer l’évolution globale de la sécurité maritime dans le golfe de Guinée et d’apprécier le niveau des marines riveraines. Le COM veille, par exemple, à ce que tout contact douteux, dans la zone économique exclusive d’un pays, soit immédiatement transmis au centre opérationnel de la Marine du pays en question.

 

Interview

CV Yann, commandant du COM Brest    

Quelles sont les caractéristiques et les enjeux opérationnels auxquels vous êtes confronté comme commandant du COM Brest ? 

Les enjeux sont très divers puisque notre périmètre de responsabilité s’étend de l’Arctique à l’Antarctique et des côtes américaines aux côtes armoricaines, avec trois entités géographiques principales : l’Atlantique nord, les côtes africaines du golfe de Guinée et nos approches maritimes « classiques » que constituent le golfe de Gascogne et l’ouvert de la Manche. 

Le théâtre Atlantique nord, qui couvre également la mer Baltique, est une zone à forts enjeux de puissance : tensions sur les ressources de l’Arctique, manifestations de plus en plus fréquentes des capacités militaires russes voire chinoises, présence renforcée des unités de l’OTAN… Cette zone revêt un intérêt stratégique prononcé, d’où un réel besoin de connaissance et d’anticipation et d’une présence régulière d’unités à la mer pour honorer nos engagements dans l’OTAN ou auprès de nos partenaires de l’Union européenne. Notre principal défi ? Obtenir du préavis sur le déclenchement d’opérations de protection de nos approches maritimes et des sanctuaires de la Force océanique stratégique. Dans le golfe de Guinée, nous sommes confrontés à des enjeux sécuritaires et de sûreté maritime : instabilité politique, brigandage, surpêche, trafics illicites. 

Enfin, au large de nos côtes, les bâtiments et aéronefs, mais aussi les sémaphores de la Marine nationale ou les moyens des autres administrations contribuent quotidiennement à la défense maritime du territoire qui s’inscrit au cœur de nos préoccupations : ciblage et contrôle des navires, renseignement partagé, contrôle naval volontaire étendu, renforcement de la protection des navires à passagers et des capacités d’interventions.

 

Quels sont les principaux engagements opérationnels qui impliquent le COM Brest ?  

Les missions de protection de la liberté d’action de nos SNLE (sous-marins nucléaires lanceurs d’engins) nécessitent l’engagement permanent des unités de la Marine dans toute la zone maritime Atlantique (ZMA), depuis nos côtes jusqu’en haute mer. En Afrique, la mission Corymbe est assurée par des bâtiments de la Marine depuis 1990. Cette présence permet la protection des intérêts de la France en Afrique de l’Ouest (80 000 ressortissants français), mais également de réaliser des missions au profit des marines africaines : périodes d’instructions opérationnelles (PIO), partenariats militaires opérationnels (PMO) à la mer ou manœuvres maritimes de grande ampleur comme African Nemo.

Au large des côtes métropolitaines, la Marine conduit des missions qui permettent d’assurer la sûreté des approches maritimes avec leurs deux volets – l’action de l’État en mer et la défense maritime du territoire. Ces missions mobilisent au quotidien les unités de la Marine et de la gendarmerie maritime.

 

Une réorganisation du COM Brest en trois secteurs a eu lieu en 2017 : Territoire national, Euratlantique et Afrique. Quels étaient les objectifs et quels sont les résultats ?   

En 2017, le COM Brest s’est effectivement réorganisé en trois théâtres afin de répondre de manière plus efficace aux défis opérationnels de la zone. Trois « plateaux géographiques » ont été créés : Afrique, Euratlantique et Territoire national, au sein desquels le personnel suit les opérations de A à Z, avec l’appui d’experts métiers (renseignement, sous-marins ou aéronautique), et le soutien des cellules SIC et logistique, auxquelles il faut ajouter une cellule de conduite des opérations armée 24 h/24. Nous avons gagné en cohérence d’action et en lisibilité, pour la plus grande satisfaction des unités sous notre contrôle opérationnel, mais également des marins du COM, désormais pleinement polyvalents et force de proposition au sein de leur plateau. Passionnés par leur métier, dont ils perçoivent les résultats quotidiennement à travers les missions que réalisent les unités, ces marins constituent la véritable valeur opérationnelle du COM.

 

 

Témoignages

MP Christophe, chargé du bureau Opérations (BUROPS) 

«  Nous sommes deux officiers mariniers dans la cellule (bureau OPS) et nous nous assurons du bon déroulement des briefings rythmant la journée au COM. Placés juste derrière les équipes de quarts, nous sommes disponibles pour soutenir l’officier de quart opérations (OQO) en cas de besoin et prêts à armer la cellule de crise en cas d’opérations de grande ampleur. Nous tenons à jour les fiches réflexes, la documentation opérationnelle, l’aide à l’utilisation des outils informatiques et les portails de gestion de crise. En résumé, nous essayons d’être le « petit plus », l’interface entre les différentes cellules du COM. Autre activité qui à mon sens est tout aussi importante : organiser et veiller à la bonne tenue du site opérationnel, une page web pour les opérations, consultable aussi bien en interne que par d’autres unités extérieures à CECLANT, notamment les bâtiments à la mer. Nous sommes chargés avec les services SIC du COM de la mise en œuvre des systèmes d’information, qui sont en perpétuelle évolution. Les derniers exemples sont l’arrivée de services tels que : FR OPS (France opérations), IGEOSIT (logiciel d’information géographique), JOCWATCH (système de gestion des événements) outils prévus pour améliorer le dialogue entre le CPCO et le contrôleur opérationnel. La journée type ? Présentation des briefings du matin et du soir, veille des messageries et gestion des événements inopinés qui ne manquent pas !  »

 

QM1 Gaïte, position côtière, au centre de coordination des opérations (CCO) 

«  Je suis affectée depuis 2016 au COM Brest à la cellule conduite sémaphore, tout en assurant également la permanence de la position côtière au centre de coordination des opérations (CCO). Mon rôle et mes missions au quotidien sont les suivantes : la conduite et le contrôle de la chaîne sémaphorique de la région Atlantique, le suivi des activités côtières (activité Nedex, convoi d’unités précieuses et de navires d’intérêt…) et la présentation des activités sur le territoire national lors du briefing quotidien. Je veille au bon fonctionnement de Spationav (Système de surveillance des approches maritimes) et à son utilisation lors des opérations sur la région Atlantique. J’assure aussi le suivi des opérations des sémaphores et le suivi de la couverture radar des approches maritimes. Cette cellule a été créée au sein du plateau Territoire national en septembre 2017. Elle assure le contrôle et le pilotage de la chaîne sémaphorique de la région Atlantique (26 sémaphores de Saint-Cast-le-Guildo dans les Côte-d’Armor à Socoa dans les Pyrénées-Atlantiques). »

 

EV2 Nicolas, plateau Afrique 

«  Depuis juillet 2017, mon rôle est de coordonner les moyens français sur zone afin de poursuivre l’opérationnalisation des structures du processus de Yaoundé, améliorer les modalités d’intervention, le partage des responsabilités et l’organisation pratique de la lutte contre les activités maritimes illicites en Afrique de l’Ouest. En plus d’assurer la quasi-permanence française dans le golfe de Guinée, l’objectif du plateau Afrique est de renforcer les actions de coopération entre les acteurs français (missions Corymbe, forces prépositionnées et coopérants marine sur zone), les partenaires africains et les marines occidentales dans le golfe de Guinée pour lutter contre l’insécurité maritime. Les activités menées visent à sensibiliser les États africains sur les menaces transnationales et à soutenir le développement des capacités d’action des marines régionales. Lors d’une journée type au plateau Afrique, nous planifions les activités du bâtiment déployé en Corymbe (formations militaires, exercices bilatéraux ou multilatéraux type African Nemo, escales et patrouilles opérationnelles) et coordonnons nos activités avec les marines locales ou occidentales présentes dans la région. »

 

 

À retenir

Le contrôle naval volontaire étendu 

Il permet à tout navire inscrit par son armateur de recevoir des informations sécuritaires sur les zones dans lesquelles le protocole s’applique, ainsi que des recommandations sur les conduites à adopter.

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