COM Toulon - 24h avec les marins du COM

Publié le 10 Avril 2018 à 15:32

© S. CHARMOILLAUX/MN - Du 21 novembre 2017 au 2 mars 2018, un groupe amphibie articulé autour du BPC Tonnerre a effectué un déploiement opérationnel en mer Méditerranée, puis en océan Indien.

Il est 8 heures au COM Toulon. La grande pièce éclairée compte plusieurs cartes géographiques aux murs et un écran géant représente la situation maritime en temps réel. Les chefs de quart regroupés par domaine d’expertise – sous-marin, surface, aéromaritime et cellule de management de l’information (CMI) – sont positionnés autour de l’officier de permanence état-major (OPEM). Avec sept ordinateurs lui permettant de conduire l’action, le CF (R) Christian, OPEM, rend compte des événements qui se sont déroulés durant la nuit aux chefs des différentes cellules. C’est le pré-briefing. La zone maritime Méditerranée, qui s’étend du détroit de Gibraltar à la mer d’Azov, en passant par la mer Noire, est au cœur d’un espace régional complexe et multicrises, en particulier dans la partie orientale et centrale. Quelque 25 % des flux maritimes mondiaux y circulent. 

Bâtiments déployés, missions effectuées… L’OPEM présente chaque jour un compte rendu détaillé à l’amiral commandant la zone maritime Méditerranée (CECMED). La Marine déploie en permanence un nombre significatif d’unités dans cette zone : sous-marins, frégates, avions de patrouille et de surveillance maritime. Elle couvre un très large spectre de missions, dans une logique de défense dans la profondeur du territoire national, et répond, au plus près des théâtres de crise, aux besoins dans le cadre de la fonction « connaissance anticipation ». Le COM Toulon capitalise ainsi l’expertise de zone et entretient des relations étroites avec ses partenaires nationaux et internationaux pour le succès des opérations. Les heures défilent, pas de répit pour les marins du COM Toulon. « Le Falcon 50 vient de décoller à 14 h 39 », informe à voix haute le chef de quart pour la situation aéromaritime. Sur l’un des ordinateurs, l’OPEM reçoit en simultané un message : « Fin des opérations de secours par L’Adroit au profit d’un voilier désemparé, Le Petit. » FR OPS (France opérations), SIC 21 (Système d’information et de commandement 21) ou encore Intradef sont les principaux outils de communication utilisés pour les échanges entre le COM, les unités déployées, le CPCO et l’EMO. Immédiatement, le CF (R) Christian notifie d’un « Roger » que l’information a bien été prise en compte, puis en informe l’amiral, l’adjoint opérations, ainsi que les J3 (conduite des opérations) et J5 (planification des opérations). Au quotidien, les marins du COM Toulon font preuve de rigueur dans la conduite des opérations et assurent une permanence 24 h/24, 7 j/7. 

 

Un rôle étendu au domaine des relations internationales  

La connaissance des activités des marines étrangères est une préoccupation permanente du COM. Elle repose à la fois sur le suivi des activités bilatérales ou internationales, exercices en particulier, et sur la tenue de situation quotidienne des unités présentes sur le théâtre. L’Initiative « 5+5 Défense » et ses applications concrètes en constituent un bon exemple. Il s’agit d’un forum de coopération entre les pays riverains de la Méditerranée occidentale (Algérie, Libye, Mauritanie, Maroc et Tunisie + France, Italie, Malte, Portugal et Espagne) qui favorise la connaissance mutuelle et permet d’aborder les questions relatives à la sécurité. Le volet maritime de cette initiative concerne principalement la surveillance et la sécurité maritime (sauvetage en mer, lutte contre le pillage des ressources, la contrebande, l’immigration illégale, la piraterie et le terrorisme). Cette coopération s’est traduite, lors du dernier exercice Sea Border, qui s’est déroulé au large de Toulon du 2 au 6 octobre 2017 avec la participation de l’Espagne, du Portugal, de l’Italie, de Malte, de la Mauritanie, de la Tunisie et de l’Algérie, par la mise en place, au sein du COM Toulon, d’un centre opérationnel international permettant de coordonner l’ensemble des actions.

 

Le rôle du COM dans la gestion des missions en Méditerranée orientale 

Le COM a un double rôle : recueillir les informations en provenance des unités et leur délivrer les éléments de contexte et de situation nécessaires à l’accomplissement de leur mission. C’est particulièrement le cas en Méditerranée orientale où la situation est dense et rapidement évolutive. La Marine y déploie des unités en permanence. Citons quelques exemples significatifs.

Après avoir appareillé le 23 septembre 2017, la frégate de type La Fayette (FLF) Aconit a retrouvé son port-base de Toulon le 21 décembre 2017, à l’issue de 3 mois de mission opérationnelle en Méditerranée orientale (MEDOR). Le déploiement de l’Aconit a été ponctué par de nombreux exercices et actions de coopération, notamment avec les forces armées chypriote, grecque et libanaise. La frégate a également participé à un entraînement multinational majeur, Nemesis, rassemblant plus de 30 unités au large de Chypre. Le bâtiment a pu récolter des renseignements précieux sur la situation du conflit au Levant. La frégate multi-missions (FREMM) Provence a aussi effectué 8 semaines de patrouille en Méditerranée orientale début 2017 et a participé au suivi du théâtre levantin en assurant une présence navale française dans le canal de Syrie. Durant toutes ces activités, le COM a joué le rôle d’interface avec les unités sur zone permettant à la fois un recueil en temps réel des informations et une analyse globale pour améliorer la connaissance du théâtre. Grâce à ce travail, la France dispose d’une appréciation autonome de situation sur les opérations en cours en MEDOR et sur le territoire de ces États en crise, ce qui contribue directement à l’efficacité des opérations menées par la France dans sa lutte contre Daech. 

 

 

Interview

CV Guillaume, commandant (J0) du COM Toulon   

Commandant, quels sont les caractéristiques et les enjeux opérationnels auxquels vous êtes confronté comme J0 au sein du COM Toulon ? 

La zone maritime Méditerranée est un théâtre extrêmement varié, où se bousculent et parfois interfèrent des activités ou des situations très diverses : tensions ou rivalités interétatiques, guerres civiles ou interethniques, faillite de certains États ou encore nombreux trafics, dont notamment l’immigration clandestine par voie maritime. Toutes les grandes puissances mondiales et régionales y sont présentes et participent plus ou moins aux événements. 

 

Quels sont les principaux engagements opérationnels actuels, qui impliquent le COM Toulon ? 

Les armées françaises prennent largement leur part en Méditerranée. La Marine en particulier y déploie bâtiments de surface, sous-marins et aéronefs, de façon circonstancielle ou quasi-permanente, comme dans le canal de Syrie et devant les côtes libyennes. Elle remplit aussi une autre mission d’importance : la surveillance et la protection de nos approches maritimes. Toutes ces opérations sont commandées par CECMED, contrôleur opérationnel des moyens navals en Méditerranée, depuis le centre des opérations maritimes (COM) de Toulon.

 

Quel est, plus précisément, le rôle du COM dans la conduite de ces opérations ?  

Moins d’une centaine de marins affectés au COM assure une permanence 24 h/24. En lien permanent avec le CPCO, ils suivent la situation politique, militaire et maritime sur l’ensemble du théâtre pour détecter les menaces et mesurer les enjeux. Ils entretiennent des relations avec les forces armées de tous les pays riverains, planifient la défense des intérêts français en Méditerranée et donnent aux unités y opérant les ordres nécessaires pour qu’elles remplissent leurs missions. Au-delà de la conduite purement militaire, le COM s’investit également directement dans l’action de l’État en mer assurant, au profit du préfet maritime, la coordination de l’action des différentes administrations.

 

Pouvez-vous dresser un bilan chiffré des opérations de l’année 2017 ?  

L’année 2017, pour la Méditerranée, a été marquée par les démonstrations de force de plusieurs grandes puissances mondiales ou régionales, dont des acteurs nouveaux. Deux forces navales chinoises y ont ainsi été déployées dans l’année écoulée. La recrudescence du jeu des puissances s’ajoute aux multiples crises endémiques : les tensions et conflits en Méditerranée orientale, le chaos en Libye ou l’important flux migratoire par voie maritime qui conduit la France à participer depuis 3 ans et de manière quasi-permanente à la mission Sophia de l’Union européenne, qui a vocation à lutter contre les trafics d’êtres humains. La Méditerranée est enfin désormais un espace de projection de puissance, avec le tir en avril 2017 de 59 missiles Tomahawk américains contre une base en Syrie et celui de dizaines de missiles de croisière Kalibr par les sous-marins Kilo russes basés à Tartous à l’encontre de Daech.

 

 

Témoignages

QM2 Tristan, opérateur, affecté à la cellule de management de l’information (CMI) 

« Au sein de la cellule de management de l’information (CMI), nous recevons les informations et messages provenant des bâtiments afin de les retransmettre aux différents acteurs concernés. Par exemple, nous recevons un message d’un bâtiment en Méditerranée orientale (MEDOR) et le mettons en temps réel à la disposition de l’opérateur en charge de la conduite de l’opération via le WISE (Web Information Systems Engineering). Nous préparons les briefings pour l’amiral et les mettons en ligne. Notre rôle, dans le cadre de la protection des informations, est primordial. En effet, il faut nous assurer de la provenance des informations confidentielles ainsi que leur transmission au bon destinataire pour éviter tout risque de compromission. Mon meilleur souvenir : l’exercice Esterel qui s’est déroulé fin 2017. Durant cet entraînement à bord d’un bâtiment, notre rôle était de « manager l’information », c’est à dire s’assurer que chaque marin engagé dans la conduite des opérations dispose du bon niveau d’information tout au long de cet entraînement opérationnel. Au sein du COM Toulon, on voit vraiment ce que l’on ne voit pas à bord d’un bâtiment. On découvre l’envers du décor, la préparation des missions, ses objectifs et cela me plaît beaucoup. »

 

 

MP Sonia, affectée à la cellule renseignement (J2)  

« Nous sommes cinq au sein de la cellule et notre cœur de métier est de soutenir les unités à la mer en termes de renseignement. Notre domaine d’expertise s’étend du narcotrafic, au trafic d’armes jusqu’au trafic d’êtres humains. La difficulté de notre métier est de détecter l’information essentielle dans une masse d’informations. Il y a un paradoxe entre la multitude de documents à exploiter et le peu de données concernant le trafic civil. Nous utilisons régulièrement le système AIS (Automatic Identification System) et étudions la cinématique des bâtiments. Mais c’est en recoupant l’ensemble des sources d’informations que nous pouvons arriver à un résultat. Nos principaux capteurs sont les unités de la Marine nationale déployées sur zone. Nous devons travailler rapidement et surtout dans le bon tempo pour délivrer la bonne information utile au bon moment. Enfin, nous émettons des productions hebdomadaires qui vont permettre au bâtiment d’avoir une vision la plus exhaustive possible des activités qui ont lieu dans sa zone de déploiement. »

 

 

À retenir

Le COM Toulon 

• Capitalise l’expertise de zone et entretient les relations avec les partenaires nationaux et internationaux pour les opérations ; 

• comprend près d’une centaine de marins qui surveille 365j/an H24 la mer Méditerranée, où circulent près de 25 % des flux maritimes mondiaux ; 

• garantit la sécurité du 1er port de projection de la Marine nationale qui est aussi la 1re base navale d’Europe.

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