« Construire le grand musée maritime français du XXIe siècle »

Publié le 19 Décembre 2017 à 11:15

© Marine nationale / Commisaire général de 2e classe (CRG2) Vincent Campredon Directeur du Musée national de la Marine

Le Musée national de la Marine à Paris a fermé ses portes en mars dernier pour cinq ans afin de faire peau neuve. Le but de ce « grand carénage » ? Devenir, dès l’horizon 2021, « un musée ouvert sur le grand large, interactif, porteur de rêves, d’émotions, d’histoires, de savoirs et qui invite au voyage », affirme son directeur, le CRG2 Vincent Campredon.

 

COLS BLEUS : Monsieur le commissaire général, le Musée de la Marine de Paris a fermé ses portes au printemps dernier pour un profond chantier de refonte. Pouvez-vous nous expliquer les enjeux de ce projet ? 

CRG2 Vincent Campredon : Tout a officiellement démarré le jeudi 23 mars dernier. À cette occasion, le nom de l’équipe lauréate du concours d’architecture chargée de la rénovation du musée a été dévoilé. C’est un tandem franco-norvégien – composé des cabinets H2O Architectes et Snøhetta – qui a été choisi. 

Sept jours plus tard, le musée a fermé ses portes pour cinq ans de travaux, financés par le ministère des Armées. Dans un contexte budgétaire pourtant tendu, cet investissement se justifie d’abord par l’urgence d’une rénovation. Depuis 1943, le musée n’avait fait l’objet d’aucune mise à niveau de sa muséographie ou des normes d’accueil du public.

Il s’agit également de le moderniser afin notamment de sensibiliser ses futurs visiteurs aux enjeux maritimes contemporains.

 

C. B. : Quelle est votre ambition pour le futur musée ? 

CRG2 V. C. : Il répond à plusieurs ambitions, dont celle de raconter la France et la mer à nos visiteurs. Pour ce faire, nous allons transformer le Musée de la Marine pour construire le grand musée maritime français du XXIe siècle. 

Notre premier objectif, c’est d’exposer, d’illustrer, d’expliquer et de mettre en valeur l’identité et l’histoire maritime de la France. Le futur musée racontera des histoires de mer et de marins, anciennes et contemporaines. 

Il s’agira, dans un deuxième temps, de faire prendre conscience des enjeux et des défis qui concernent la mer dans toutes ses dimensions. Le renforcement des enjeux géostratégiques des espaces maritimes pour la France est manifeste. Pourtant, décideurs et grand public les méconnaissent. Tout cela plaide pour un musée qui permettrait de redonner au récit national toute sa dimension maritime.

Enfin, le troisième objectif est de transmettre à nos visiteurs, grands et petits, le goût de la mer. Le Musée national de la Marine doit devenir un lieu vivant, interactif, porteur d’émotions et de savoirs qui invitera au voyage.

 

C. B. : Quelle sera la place de la Marine dans ce nouveau musée, étendu au domaine maritime dans son ensemble ? 

CRG2 V. C. : La présence de la Marine est évidemment garantie. D’abord, parce que le nouveau musée va prendre en compte tous les enjeux nationaux, internationaux, patrimoniaux, environnementaux, humains, scientifiques, économiques et stratégiques. 

La différence, c’est que les sujets seront traités de manière transverse. Ils s’articuleront autour des enjeux majeurs de ce que représente la mer pour l’avenir de la Terre. 

Pour résumer, ce nouveau musée va donc concilier patrimoine naturel et historique, récit national, actualité et événementiel. Il s’affirmera comme le lien entre la mer et les marins à Paris.

Il s’agit de réinventer le Musée de la Marine afin de rendre le grand public familier avec la dimension maritime de notre pays et lui transmettre la conscience des enjeux de la mer d’aujourd’hui et de demain.

 

C. B. : Comment continuer d’exister pendant ces cinq longues années de travaux ?

CRG2 V. C. : Le Musée de la Marine de Paris va continuer d’assurer sa présence grâce à des expositions hors les murs, comme au musée Quai Branly-Jacques Chirac ou encore au Muséum national d’histoire naturelle. Nous serons aussi présents sur le terrain comme au Nautic, à la journée du patrimoine, aux Assises de l’économie de la mer…

Enfin, nous allons mettre en ligne un « musée virtuel » sur Internet qui permettra de suivre la refonte du musée pas à pas et surtout de suivre l’actualité des autres musées. Car nous allons valoriser le réseau de nos musées du littoral, installés à Brest, Port-Louis – face à Lorient –, Rochefort et Toulon. Ils vont porter notre image, en occupant le terrain culturel maritime avec de nombreuses expositions, dont une d’envergure chaque année pour chacun (voir encadré).

Il n’y a pas de légende sans ambition. Le nouveau musée va porter l’ambition maritime de notre pays et la faire rayonner hors de nos frontières. C’est un honneur et une fierté, pour moi et mes équipes, de conduire cette mission. C’est surtout un immense défi ! »   

 

Propos recueillis par Stéphane Dugast

 

Les principales évolutions

La superficie (8 000 m2) va rester la même, mais un nouveau parcours muséographique sera créé. Un espace « repères » donnera aux visiteurs des clés historiques, géographiques et esthétiques pour comprendre les défis auxquels a été soumis l’espace maritime au cours des siècles. Cette zone s’articulera autour d’un « centre d’interprétation de la mer » où le multimédia sera largement convié, avec une salle immersive pour « amariner » le visiteur. Depuis cet espace « repères », le public aura accès à trois espaces semi-permanents de présentation des collections – de 500 à 600 m2 chacun – qui seront renouvelés à tour de rôle tous les 3 à 5 ans. 

Le visiteur pourra ensuite déambuler dans un espace d’expositions temporaires de 900 m2 où deux expositions se dérouleront chaque année, au lieu d’une auparavant. 

Enfin, quatre à six « studios » (de 150 m2 chacun) permettront d’aborder une thématique illustrée par des œuvres, choisies parmi les 60 000 conservées dans les collections : maquettes (le musée en possède 2 822), instruments de navigation, cartes, uniformes, tenues, les célèbres vues des ports de Joseph Vernet, la Réale et les figures de proues…

Cette nouvelle configuration du Musée de la Marine va permettre de déployer un projet scientifique et culturel étoffé, accompagné par un comité consultatif co-présidé par l’amiral Alain Oudot de Dainville, ancien chef d’état-major de la Marine et madame Françoise Gaill, scientifique de renommée internationale.

 

Les expositions en cours

Musée de la Marine de Brest : Razzle Dazzle, l’art contre-attaque ! (dans le cadre du Centenaire 14-18, à propos du camouflage des navires de la Première Guerre mondiale). Jusqu’au 31 décembre 2018.

Musée de la Marine de Port-Louis : Mayday ! Voix et visages du sauvetage en mer. Jusqu’au 31 décembre 2017.

Musée de la Marine de Toulon : Chanouga et l’aborigène blanc. De l’histoire à la bande dessinée, l’édifiant destin de Narcisse Pelletier (1844-1894). Jusqu’au 7 avril 2018.

Musée de la Marine de Rochefort : « L’habit (re)fait l’histoire », jusqu’au 6 novembre 2018.

Renseignements : www.musee-marine.fr

 

 

Vos réactions: 
Moyenne: 5 (1 vote)
Envoyer