La Grande Guerre : l’essor de l’innovation scientifique

Publié le 5 Décembre 2017 à 14:32

©Moreau, Albert/ECPAD/SPA 212 M 4210 - Torpille du sous-marin Floréal. La torpille, inventée au XIXe siècle, a été optimisée lors du premier conflit mondial.

Tout au long de la Première Guerre mondiale, l’ennemi oblige les forces françaises à accélérer leur processus de développement sur le plan technologique. Dès 1915, la Marine fait partie intégrante des programmes scientifiques, pour devenir un acteur majeur dans la guerre sous-marine sur le long terme.

 

Dès août 1914, l’État français prend en charge l’innovation militaire en créant une « Commission supérieure des Inventions intéressant la défense nationale » rattachée au ministère de la Guerre. Compte tenu de l’importance que prend rapidement la science de guerre, elle est, à l’automne 1915, valorisée dans un ministère inédit : « Instruction publique, Beaux-Arts et Inventions intéressant la défense nationale ». En son sein, une « Direction des Inventions » est chargée de stimuler la recherche et d’encadrer les équipes scientifiques. Si, au gré des restructurations ministérielles, le nom de la structure évolue encore jusqu’en 1918, la « politique des inventions » conserve les mêmes objectifs et continue de travailler avec le personnel et les laboratoires qui lui ont été attribués progressivement depuis 1914.

La « politique des inventions » doit sélectionner les dossiers, et éventuellement tester les nombreuses propositions adressées par des citoyens-inventeurs – civils ou soldats. Elle doit aussi répondre aux besoins formulés par les ministères de la guerre et de la Marine, ce qui, rapidement, conduit à mettre en œuvre de véritables programmes de recherche appliquée.

Pour mener à bien cette vaste tâche, l’État recrute des civils, universitaires et ingénieurs. Dans le cadre de la politique des inventions, ces scientifiques servent la patrie suivant leur métier, qu’ils ne soient plus, en raison de leur âge, mobilisables, ou bien qu’ils soient affectés dans le cadre d’une mobilisation plus seulement « statistique », mais désormais également « fine » (Marie Curie).

 

©M. George - Une flotte de poseurs de mines protégée par un écran de fumée.

 

De la science pure à la science appliquée

Ces civils travaillent dans les laboratoires des grandes institutions scientifiques – École normale supérieure, Collège de France, École de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris... – ou dans des laboratoires privés – comme les laboratoires Eiffel. La plupart des scientifiques doivent révolutionner leurs pratiques. Alors que les professeurs enseignaient jusqu’alors surtout la « science pure » (la recherche fondamentale), il leur faut désormais se convertir à la science appliquée. Par ailleurs, presque tous découvrent la collaboration avec les ministères de la guerre et de la Marine : ces deux institutions expriment des besoins, fournissent des moyens militaires pour expérimenter, autorisent l’accès au front ou les travaux en mer, refusent ou acceptent les innovations.

Si les expérimentations et les recherches sont essentiellement menées pour l’armée de Terre, la Marine bénéficie aussi de la politique des inventions, et ce en raison de la place décisive qu’elle prend au fil des mois dans la guerre. Elle n’est plus limitée à un rôle de surveillance en Méditerranée, de transporteur des troupes de l’Afrique vers l’Europe puis vers le front d’Orient, ou encore de « fourrageur » (Amiral Boué de Lapeyrère). Elle protège aussi les navires de commerce ravitaillant l’hexagone en charbon et en fer anglais destinés à pallier la perte des mines françaises. Dès qu’elle devient essentielle à l’effort de guerre, une section technique « Marine » est instituée dans l’organigramme de la direction des inventions.