Surveillance - Des enjeux multiples selon les zones concernées

Publié le 9 Novembre 2017 à 16:52

© C. Luu/MN - Patrouille de la vedette de surveillance maritime et portuaire (VSMP) Harnois au large de Marseille.

« On voit bien que ce qui est fréquemment « visité », sans réaction, finit par être occupé puis revendiqué, exactement comme une habitation squattée. » Extrait de l’entretien avec l’amiral Christophe Prazuck, chef d’état-major de la Marine, pour le magazine Défense & Sécurité Internationale (DSI)

 

DE L’INTERET DES MOYENS PREPOSITIONNES OUTRE MER

Les unités prépositionnées permettent :

  • Une bonne connaissance de la zone, préalable indispensable à l’action (connaissances de l’environnement maritime, des infrastructures, reconnaissance et entretien régulier des sites de plageage, …) ;

  • Une meilleure interopérabilité avec les nations riveraines et les autres administrations grâce à des exercices réguliers ;

  • Et, surtout, une rapidité d’intervention (1 journée versus 12 jours depuis la métropole pour les Antilles)

 

ANTILLES-GUYANE : NARCOPS ET LUTTE CONTRE LA PECHE ILLEGALE

 ©E. Mocquillon/MN - En novembre 2016, en coopération avec la marine colombienne, la frégate de surveillance Germinal a réalisé une prise plus de 750 kg de cocaïne.

La zone des Caraïbes est une zone de transit majeure des stupéfiants, notamment de la cocaïne en provenance d’Amérique du Sud à destination de l’Europe et de l’Afrique. Les opérations contre les narcotrafiquants (NARCOPS) font appel à des compétences pointues et à des moyens variés : navires, moyens aériens, forces spéciales. L’an dernier, les interceptions de drogues en mer sous contrôle tactique (TACON) français ont permis la saisie de 3,2 tonnes de cocaïne et de 3,6 tonnes de marijuana. Près de 50 % de ces saisies ont été réalisées par la marine ou avec son soutien direct. En mai 2017, la frégate de surveillance Germinal des forces armées aux Antilles a intercepté un go fast suspecté de trafic de stupéfiants en mer des Caraïbes près des approches françaises. Par ailleurs, l’opération Carib Royale a permis la saisie de plus de 1 000 kg de marijuana et la remise aux autorités judiciaires de 15 suspects. La Marine mobilise ainsi régulièrement les deux frégates de surveillance Germinal et Ventôse basées en Martinique (avec leurs hélicoptères embarqués et leurs renforts en commandos marine).

Les eaux guyanaises sont quant à elles fréquemment pillées par des pêcheurs illégaux venus des pays voisins. La lutte contre la pêche illicite a permis pour l’année 2016 de dérouter 39 navires contrevenants et de saisir 250 kilomètres de filets. Au premier semestre 2017, l’effort est resté tout aussi important. Les tentatives d’incursions de pêcheurs illégaux nécessitent de renouveler régulièrement des opérations de police, qui mobilisent des moyens maritimes, aériens et humains importants.

©F. Ledoux/MN - Deux patrouilleurs légers guyanais (PLG) ont remplacé les P400 en Guyane. Un troisième du même type va être commandé pour les Antilles.

 

OCEAN INDIEN : LUTTE CONTRE L’IMMIGRATION CLANDESTINE,  LA PIRATERIE, LA PECHE ILLEGALE ET LA PROSPECTION NON-AUTORISEE

L’enjeu de souveraineté est fort dans l’océan Indien, où les richesses halieutiques (thonidés, légines, holothuries) et les ressources énergétiques sont convoitées. De véritables flottilles de pirogues sont régulièrement arrêtées dans les îles Eparses du canal du Mozambique. En 2017, 7 opérations de police des pêches, essentiellement dans les Iles Eparses du Canal du Mozambique, ont permis d’appréhender le matériel ou les produits de la pêche suivant : 598 kg holothuries, 27 kg de poissons, 10 pirogues et divers matériels (masques, tuba, palmes, couteaux…). Bilan des opérations : 6 tonnes d’holothuries pêchées illégalement ont été saisies.

Mayotte est concernée par l’immigration clandestine, et le nord de la zone par la piraterie. En mêlant présence dissuasive et capacité d’intervention, la Marine participe activement à la lutte contre les activités illicites menaçant nos intérêts. Depuis le 1er janvier 2017, les moyens nautiques étatiques à Mayotte (Gendarmerie maritime, Gendarmerie nationale, Marine nationale, Police aux frontières) ont intercepté 308 embarcations de type ‘kwassas-kwassas’ avec plusieurs milliers de migrants et 132 passeurs présumés. Depuis le début de l’année 2017, 386 jours de patrouille de souveraineté ont ainsi été effectués dans la zone.

 

Saint-Pierre-et-Miquelon : vigilance contre les trafics

Une nouvelle forme de contrebande est apparue ces dernières années avec des bateaux chargés de marijuana ou encore de cocaïne expédiées depuis Terre-Neuve vers Saint-Pierre-et-Miquelon. Les trafiquants se servent de navires d’environ trois mètres, équipés de moteurs puissants, pour faire la traversée de 20 kilomètres. Par ailleurs, la France et le Canada ont signé, le 17 mai 2005, un accord sur l'exploration et l'exploitation des champs d'hydrocarbures transfrontaliers. Avec ses 11 membres d’équipage, le patrouilleur Fulmar, basé à Saint-Pierre-et-Miquelon depuis 1997, assure avec la Gendarmerie et les Affaires maritimes, des missions de police des pêches et de la navigation, incluant l’alerte Search and Rescue (SAR), la surveillance des eaux territoriales et de la ZEE, la lutte contre les pollutions et le sauvetage.

 

PACIFIQUE: NARCOPS ET TRAQUE DES « BLUE BOATS »

Le Pacifique est un espace maritime immense et très dispersé (l’atoll de Clipperton est à 10 jours de mer de Tahiti). La France y dispose de vastes zones économiques exclusives liées à la Polynésie française, la Nouvelle-Calédonie, Clipperton et Wallis et Futuna. Total : 62 % des espaces maritimes français.

Presque intégralement classée en aires marines protégées, les 1,8 million de km2 de la ZEE de Nouvelle-Calédonie ont vu récemment les incursions répétées de navires de pêche vietnamiens, surnommés « blue boats » en raison de la couleur de leur coque. Depuis mai 2016, les opérations de lutte contre la pêche illicite se sont multipliées à l’encontre de ces embarcations, poussées hors de leurs zones traditionnelles de pêche en raison de l’appauvrissement des eaux vietnamiennes et de l’attitude ferme des pêcheurs chinois en mer de Chine méridionale. Se dirigeant toujours plus vers le sud, les « blue boats » sont venus pêcher les holothuries (concombres de mer), dont le prix de vente sur les marchés asiatiques peut atteindre jusqu’à 1 000 € le kilo, jusque dans la mer territoriale calédonienne. Depuis mai 2016, 13 blue boats ont été déroutés et plus de 28 tonnes d’holothuries saisies grâce aux moyens de la Marine. En décembre 2016, le bâtiment multi-missions (B2M) D’Entrecasteaux a intercepté un navire en situation de pêche illégale : 4 tonnes d’holothuries (« concombre de mer ») ont été retrouvées à bord.

Le Pacifique est aussi une route de la drogue, entre les pays producteurs d’Amérique du Sud et les pays consommateurs d’Océanie. Fin juillet 2017, la frégate Vendémiaire a intercepté un voilier dans lequel a été découvert plus de 1,4 tonne de cocaïne, représentant une valeur sur le marché illicite de l'ordre de 100 millions d'euros.

Les enjeux de la zone sont également environnementaux, car la géographie locale démultiplie la gravité des phénomènes naturels déjà dévastateurs.

 

MAITRISER NOS APPROCHES MARITIMES

La défense maritime du territoire (DMT) constitue le volet militaire de la posture permanente de sauvegarde maritime (PPSM). Elle consiste à mieux partager le renseignement d’intérêt maritime, à orienter les actions de surveillance et à renforcer les capacités d’intervention de la Marine. Concrètement, cela passe par un ciblage des navires à contrôler avant leur arrivée dans un port français et un renfort de la sécurité à bord des navires à passagers.

 

TAAF : des ressources halieutiques et des gisements d’avenir  

Les Terres australes et antarctiques françaises (TAAF) s'étendent des îles Eparses du canal du Mozambique à la Terre Adélie, en passant par les îles australes de Crozet, Kerguelen, Saint-Paul et Amsterdam. Les zones économiques exclusives (ZEE) des îles subantarctiques et des Iles Eparses s'étendent respectivement sur 1 615 000 km² et 735 300 km², soit 23 % des ZEE de la France. Dans les grands fonds marins se trouvent des nodules polymétalliques et amas sulfurés, tandis que les ressources halieutiques – thons et espadons ou encore les espèces à forte valeur ajoutée comme la légine et les holothuries - attirent les convoitises. Par ailleurs, des licences d’exploration ont été accordées et laissent entrevoir l’existence d’importants gisements d’or noir et de gaz. La surveillance de ce vaste ensemble est donc un véritable défi pour la Marine. Ses missions de souveraineté et de protection des intérêts nationaux couvrent aussi bien la lutte contre le pillage des épaves et la pêche illicite, que la préservation des ressources potentielles. Les TAAF font l’objet de patrouilles régulières et de missions de police des pêches assurées par les deux frégates de surveillance (FS) stationnées à La Réunion : le Nivôse et le Floréal, rejoints cette année par le patrouilleur polaire Astrolabe. Ce dernier effectuera deux types de mission : des missions pendant 120 jours au profit de l’Institut polaire français et des TAAF pour approvisionner la base scientifique française en Terre Adélie et des missions de souveraineté dans le sud de l’Océan Indien, en remplacement du patrouilleur austral l’Albatros.

©MN - Juin 2017. Pendant près de deux mois, le Floréal et son hélicoptère Panther ont patrouillé dans les TAAF afin d’exercer le contrôle des navires évoluant dans ces immenses espaces marins, de l’île Amsterdam aux îles Kerguelen, en passant par l’archipel de Crozet.

 

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