Commandos marine : les commandos de la Marine nationale

Publié le 20 Décembre 2013 à 09:13

Les commandos de la Marine nationale

Par le CC Desvignes, stagiaire de l'École de Guerre.

La récente réception des Embarcations pour Commandos à Usage MultiplE (ÉCUME) en remplacement de la flotte vieillissante des Embarcations Très RApides pour COmmando (ETRACO) témoigne, s'il le fallait, que les commandos marine restent tournés vers la mer.

Certains pouvaient en douter. Les récents engagements sur des territoires dépourvus de frontière maritime (Afghanistan, Mali, Tchad...) auraient pu désorienter cette force d’à peine 400 commandos. Il n'en est rien. La force des fusiliers marins et commandos (FORFUSCO) a su maintenir le subtil équilibre entre emploi opérationnel loin des océans et préservation des savoir-faire maritimes en haute mer ou en frange littorale. Cet équilibre est-il pour autant viable sur le long terme ?

Cette question mérite d'être posée car les commandos marine sont en effet les seules forces spéciales françaises à avoir la capacité d’agir en mer ou à partir de la mer. Une perte de compétence dans ce domaine serait donc préjudiciable à la cohérence d'ensemble de l'outil de défense. Au contraire, écarter la FORFUSCO des missions conduites loin de la mer sous le contrôle du Commandement des Opérations Spéciales (COS) ferait très sensiblement baisser l'expérience opérationnelle des commandos et leur serait donc préjudiciable. En somme, l'équilibre maintenu par l'état major de la FORFUSCO est certainement délicat mais il est sain.

Afin de le préserver, la FORFUSCO veille d’abord à éviter l'érosion des savoir-faire maritimes qui pourrait subvenir à la suite d'un engagement terrestre majeur comme ce fut le cas en Afghanistan. Pour ce faire, elle mise beaucoup sur le sentiment identitaire : le commando marine doit être empreint d’une culture maritime qui le fait se sentir marin avant tout autre chose.

Dans la pratique, cette identité se construit dès la formation initiale qui met l’accent sur l’aspect maritime du travail de commando. Elle se poursuit tout au long de la carrière par le jeu des affectations qui conduit ponctuellement les commandos à servir en dehors de la FORFUSCO. Les officiers en particulier reçoivent dans leur grande majorité une formation maritime générale à l'école navale dont ils sortent avec le brevet de chef de quart. Celui-ci leur permet d'occuper, au cours de leur carrière, des postes au sein de la Force d' Action Navale (FAN) pouvant aller jusqu'au commandement d’un bâtiment de surface.

Cette appartenance à la marine se concrétise aussi par un emploi régulier dans le domaine purement aéromaritime. En effet, les commandos conduisent en moyenne un tiers de leurs missions sous les ordres directs d’un commandant de bâtiment ou de force maritime ; la plupart du temps dans le cadre de l’action de l’Etat en mer, mais pas exclusivement. Rappelons que ces dix dernières années, en plus d'avoir participé à la totalité des opérations aéroterrestres avec le COS, ils ont contribué, entre autres, à la saisie de plusieurs dizaines de tonnes de drogues (dont 20 tonnes en septembre dernier à bord du cargo Luna-S en Méditerranée), à la lutte contre la piraterie dans le Golfe d'Aden (notamment les interventions sur le Ponant, le Tanit et le Carré d'As), à la protection des navires de commerce et de pêche en océan Indien et à la lutte contre la pêche illicite au large de la Guyane.

Enfin, les commandos maintiennent un lien étroit avec la marine dans le domaine de la recherche et du développement de leurs équipements. Ceux-ci doivent en effet répondre à la fois à des besoins très spécifiques, tout en étant capable d’être mis en œuvre à partir des bâtiments de surface ou des sous-marins. A ce titre, l’ECUME est le programme quasi achevé le plus emblématique. Mais deux projets en cours, le dry deck shelter (module additionnel étanche qui servira à stocker le matériel des commandos sur le pont des sous-marins de type Barracuda) et le propulseur sous-marin de quatrième génération témoignent davantage de l’extrême complexité des programmes de la FORFUSCO et de la nécessité de leur mise en cohérence en amont avec les autres programmes de la marine.

Le sentiment identitaire ne suffit cependant pas à garantir le niveau de compétence des commandos. D'autant plus que la FORFUSCO a fait le choix de ne pas spécialiser les deux tiers de ses groupes ; et donc d’entretenir en permanence un vaste éventail de capacités.

Dans les faits, elle dispose de deux leviers lui permettant de garantir la qualité des groupes et un certain degré de polyvalence. Le premier est le suivi d'un cycle biennal qui sanctuarise pour chaque commando (4 groupes) une période de 4 mois d'entraînement en métropole permettant une remise à niveau de l'ensemble des capacités. Le second réside dans les périodes de préparations spécifiques avant déploiement (de 2 à 8 semaines) qui donnent aux groupes la possibilité de s'entraîner spécifiquement à la mission qui va leur être confiée. A titre d'exemple, un groupe revenant d'une mission de 4 mois au Sahel aura opéré pendant 6 à 8 mois en dehors du domaine maritime (préparation spécifique et permissions comprises). Un engagement ultérieur dans une mission de lutte contre le narcotrafic nécessitera donc une remise à niveau de 2 semaines au moins afin de ré-amariner le groupe, et de lui faire appréhender le nouveau cadre d'emploi qui, dans l'exemple donné, diffère très sensiblement (passage d’une opération militaire à une opération de police).

Membres du premier cercle du commandement des opérations spéciales, les commandos marine sont aussi et surtout en adéquation avec les besoins de la marine nationale. Ce constat doit être opposé à tous ceux qui, observant la tendance actuelle à l’inflation des effectifs au sein du COS, seraient tentés un peu hâtivement de conclure qu’une quatrième armée est en gestation. Un tel choix aurait en effet des conséquences réelles pour la marine et les missions qu’elle doit conduire et pour lesquelles son format, incluant les commandos, est « juste suffisant ».

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