29 mars 1967 : Mise à l’eau du Redoutable

Publié le 23 Mars 2017 à 08:35

© Marine nationale

A la suite de la Seconde Guerre mondiale, la France, veut faire du nucléaire la clé de voûte de l’indépendance énergétique et stratégique du pays. En 1958, le programme nucléaire militaire français est officialisé par le général de Gaulle. En maîtrisant cette technologie la France s’assure une place aux côtés des deux superpuissances américaine et soviétique. Dans les années 60, il est décidé de doter la marine d’un sous-marin nucléaire lanceur d’engins. Le 29 mars 1967, Le Redoutable est mis à l’eau …

Salué à l’aéroport de Maupertus par 101 coups de canon, le général de Gaulle a rapidement rallié la cale n°3 de l’arsenal de Cherbourg. Dans la tribune officielle, près de laquelle sont déployés 320 fusiliers marins, il écoute le bref discours du ministre des Armées, Pierre Messmer, qui souligne l’importance de l’événement. Les couleurs sont envoyées sur le pont du sous-marin et la sonnerie « Au Drapeau » retentit. Lorsque le compte à rebours s’arrête à – 2 et que s’affiche le mot « paré », il appuie sur le bouton qui libère les 5 300 tonnes du submersible. Le berceau long de 128 m glisse sur le plan incliné au son de l’hymne national joué par la musique des équipages de la flotte. Il est 10h45. Le Redoutable entre dans la mer, tout droit et par l’arrière, des tôles verticales et 160 tonnes de chaine fixées sur sa coque le freinant pour qu’il ne heurte pas le quai à 250 m de là. Le succès est total et le chef de l’Etat laisse libre cours à sa joie, rapidement rejoint par les ouvriers de l’arsenal, leurs familles et les nombreux invités.

Accompagné par l’ingénieur Talboutier en charge du chantier et le capitaine de corvette Louzeau, commandant le SNLE, il se fait ensuite présenter les maquettes du submersible et de son poste de commandement navigation-opérations. Puis il visite l’Ecole d’application militaire de l’energie atomique avant de remettre des médailles du travail à quelques membres d’un personnel qui a déjà consacré 12 millions d’heures au chantier du SNLE.

Un évènement solennel inscrit dans un programme au long cours

Une étape est franchie. Mais que d’activité encore à déployer avant la présentation aux essais prévue pour 1969 ! Les coques extérieures et épaisses sont terminées, mais les sas d’accès, les volets des tubes lance-torpilles, les hydroréacteurs destinés à stabiliser le SNLE lors du tir des missiles doivent être montés et la brèche du compartiment réacteur usinée. Si la passerelle, les plateformes et les caisses incorporées sont installées à 90%, les cloisons ne le sont qu’à 70%, les carlingages, les traversées de coque, le lestage définitif à 35%. Quant à l’abri de navigation avec ses ailerons, trop haut, il ne peut être monté avant le lancement. Pour la propulsion, cuve, échangeurs et pressuriseurs ont été embarqués, le circuit primaire a été essayé, mais embrayeur, groupe turbo-réducteur, condenseurs et berceaux du groupe turbo-alternateur sont en cours de lignage. Les nappes principales de câbles ont été montées, mais les armoires de disjoncteurs sont tout juste embarquées.

Médiatisation contrôlée

Rien n’a été laissé au hasard. Sa date est fixée depuis le 7 décembre 1966 par les services de la Présidence en accord avec la direction du port de Cherbourg. Le calendrier initial du programme général de construction le prévoyait en mars 1967. Il est donc respecté… mais les contraintes de marée s’imposent même aux chefs d’Etat. La période de vive eau d’équinoxe étant centrée sur le week-end pascal et l’opération ne pouvant avoir lieu que le lendemain d’un jour ouvré et à la veille d’un autre jour favorable, le choix se limite au seul mercredi 29 mars ! La pleine mer est attendue ce jour-là à 11h02 pour une hauteur de marée de 6,65 m.

Tous les représentants militaires accrédités à Paris ont été conviés, mais aussi des descendants des marins ayant combattu sur Le Redoutable à Trafalgar ainsi que des sous-mariniers ayant plongé 60 ans plus tôt sur les Narval, Sirène, Morse et autres Castor. Hors la cale n°3, le public prend place le long des quais Sané, Duquesne et Dupuy de Lôme derrière des filières. Ce 29 mars est en effet jour de détente. Outre l’octroi de gratifications proportionnelles à l’implication de chacun sur le chantier, c’est un jour de congé rémunéré.

A l’égard de la presse, la communication est réduite au seul communiqué rédigé par l’état-major de la Marine et diffusé par la préfecture maritime. Seul l’établissement cinématographique des armées effectue un reportage sous le contrôle des bureaux compétents de l’EMM. Aucun journaliste civil n’est admis à bord, mais les planches d’un écorché du Redoutable sont diffusées.

Un monde bipolaire incertain.

Ce lancement paraît modeste au moment où la flotte sous-marine nucléaire américaine accueille son 41e SNLE et la flotte soviétique compte déjà vingt unités de ce type. Mais avec la fin en mai des travaux de construction de l’usine de séparation isotopique de Pierrelatte, indispensable pour l’uranium enrichi des réacteurs, et la poursuite des expérimentations pour atteindre la bombe H, une étape majeure est franchie. « Illustration supplémentaire et combien coûteuse d’une politique militaire ruineuse, dangereuse et inefficace » selon l’Humanité, ou « journée capitale pour notre marine, notre défense et, par là-même, notre indépendance » selon le Général, Le Redoutable ne laisse pas indifférent.

Professeur certifié hors classe Patrick Boureille

Service historique de la défense (SHD)

©SHD

Le 29 mars 1967 le président de la République, le général de Gaulle, procède à la mise à l’eau du Redoutable.

© SHD

La manœuvre de mise à l’eau du Redoutable est rendue délicate par l’étroitesse (250m) du bassin Napoléon III.

© SHD

Premieraccostage du Redoutable dans le port militaire de Cherbourg (50)

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