Rencontre : Vice-amiral Charles-Henri Garié, commandant le bataillon de marins-pompiers de Marseille

Publié le 27 Mai 2016 à 18:50

© Marine nationale

Le bataillon de marins-pompiers de Marseille (BMPM) constitue une unité singulière de la Marine qui sort de ses frontières habituelles et se projette en mer ! De nouveaux défis se présentent pour un bataillon en pleine mutation.

COLS BLEUS : Quelles sont les spécificités du BMPM ?
VA Charles-Henri Garié : Le bataillon de marins-pompiers de Marseille est une unité singulière dans le paysage de la Marine. Sa mission est unique : assurer la sécurité de la 2e ville de France, de son port, de son aéroport et des 860 000 Marseillais. Cette mission implique un fonctionnement spécifique avec une organisation et des marins placés pour emploi sous l’autorité du maire de Marseille.
Au total, 2 477 marins-pompiers, disponibles 365 jours par an, opérationnels 24 heures sur 24, intervenant chaque jour plus de 334 fois au secours des Marseillais, de la ville et de son environnement. Une flottille de 17 casernes et plus de 10 autres emprises (sites d’entretien techniques, état-major, centres de formation, écoles…) permettent d’assurer la permanence de la mission. Imaginez : le bataillon, c’est comme si l’on avait 17 navires, en permanence en mer, toujours en opérations, sans jamais d’escale ni d’arrêt technique, avec des équipages qui se relaient en permanence. Sacré challenge pour la « Marine Rouge ».
Les marins-pompiers disposent d’un savoir-faire unique en France, alliant les compétences spécifiques de pompiers et celles de marins experts en feux de navires, dans une ville rassemblant la quasi-intégralité des risques recensés par la sécurité civile. « Quasi » car à ce stade le risque d’avalanche de neige ne nous inquiète pas trop à Marseille ! Pour parfaire cette expertise, le bataillon échange sans cesse avec le reste de la Marine et assure la sécurité du porte-avions Charles de Gaulle (le chef de la brigade sécurité du PA et son adjoint sont des marins-pompiers du BMPM). Le commandant du BMPM commande également l’école des marins-pompiers de la Marine (EMPM), qui forme les marins-pompiers de Marseille (MAPOM), mais aussi les marins-pompiers de ports (MARPO). Prochaine autre casquette, celle de COMAR Marseille à compter du 1er septembre 2016.

CB : Quels sont les métiers exercés au BMPM ? Comment recrutez-vous ?
VA C.-H. G. : Un pompier doit savoir agir sur les interventions à caractère sanitaire (secourisme) et les feux urbains. Mais chaque marin-pompier à Marseille doit aussi savoir lutter contre les feux de forêts et les feux de navires. À ceci s’ajoute des savoir-faire particuliers, pour lesquels il est spécialement formé : recherche en milieux périlleux, risques technologiques, dépollution, interventions héliportées, risques aquatiques, sauvetage et déblaiement.
Le BMPM a aussi besoin des métiers que l’on retrouve partout dans la Marine (ressources humaines, soutien, finance, formation…) pour assurer la permanence des opérations et la disponibilité des hommes et des moyens. Avec toutefois une différence : c’est la ville de Marseille qui est sa base de défense (BdD) !
Le recrutement s’effectue dans les centres d’information et de recrutement des forces armées (CIRFA), avec pour les Marseillais, un bureau d’accueil à l’état-major du bataillon. Certains critères d’aptitude sont spécifiques, comme le haut niveau sportif ou l’insensibilité au vertige.
 

CB : Quels ont été les faits marquants de 2015 ?
VA C.-H. G. : Le bataillon a bien entendu été marqué par les terribles attentats qui ont frappé notre pays. Après le recueillement et l’admiration pour nos frères d’armes sapeurs-pompiers de Paris, il a fallu se mettre en ordre de bataille pour s’organiser face à ce nouveau risque d’une ampleur jamais connue (7 attentats, des centaines de blessés par armes de guerre). Notre centre opérationnel a alors été réorganisé en poste de combat (PC) multisites, un peu comme un PC de force navale,  nos moyens de secourisme ont été renforcés, et 171 marins-pompiers sont désormais en alerte, en plus des 400 qui veillent 24h/24 sur les Marseillais. La formation et l’entraînement ont aussi été durcis : exercices quotidiens en caserne, entraînement d’état-major et exercices majeurs sur le terrain ! Et dans la masse des 122 000 interventions de l’année dernière, je n’oublierai pas celle du 5 février 2015, au cours de laquelle deux marins-pompiers ont été gravement blessés par l’explosion d’une bouteille de gaz lors d’un feu dans un immeuble du centre-ville. Le métier de marin-pompier est dangereux, il nous a déjà coûté 35 morts. Il nécessite une vigilance et un professionnalisme sans relâche.

CB : Quels sont les enjeux et défis à venir ?
VA C.-H. G. : Le premier des défis, de taille, est celui de l’été 2016, qui va cumuler le risque multi-attentats, la saison des feux de forêts et l’Euro 2016. Il va falloir protéger les 67 000 spectateurs du stade Vélodrome, mais aussi les 80 000 personnes de la « fan-zone ». Pas moins de 800 marins-pompiers seront mobilisés les soirs de matchs, soit un tiers de l’effectif total. Aux postes de combat !
2016 verra aussi la création d’une capacité nationale de lutte contre les sinistres à bord des navires, dont le bataillon constituera le pivot. C’est une avancée majeure qui permettra aux marins-pompiers d’offrir leurs compétences au-delà de Marseille, d’abord au profit des préfets maritimes et « terrestres » de métropole, puis à terme en Europe. Sans oublier la réflexion en cours sur cette capacité de projection outre-mer. Le BMPM sera capable de mettre en alerte, en moins de 2h, 40 marins-pompiers entraînés aux feux de navires, projetables par les avions de la sécurité civile de Marignane. Par exemple, nous pourrons aérocorder à bord d’un paquebot 9 médecins et infirmiers urgentistes, capables de traiter 30 blessés en toute autonomie pendant 24h. Parmi les enjeux futurs figure également la réduction du nombre d’interventions (qui ne cesse de croître). Pour inverser la tendance, le bataillon mise sur les adultes de demain en allant, dans les écoles, former chaque année les 7 000 CM2 marseillais. Enfin, le bataillon poursuit la consolidation de la sécurité incendie du grand port maritime, notamment à Fos-sur-Mer, où il va remplacer son bateau-pompe.

CB : Comment qualifieriez-vous ce commandement ?
VA C.-H. G. : C’est un commandement passionnant, opérationnel – car à tout moment la crise majeure peut interrompre le quotidien – et vraiment humain, avec des marins-pompiers qui font mon admiration. Le tout au sein d’une grande ville, atypique et attachante, et avec des interlocuteurs politiques et administratifs qui ne sont pas ceux habituels de la Marine. Je n’oublie pas que s’il fait partie des symboles de Marseille, au même titre que la Bonne-mère et l’Olympique de Marseille, selon le sénateur-maire Jean-Claude Gaudin, le bataillon reste une unité de la Marine à part entière.   

 

Propos recueillis par l'EV1 Clémence Festal

Le BMPM en chiffres

• 375 000 appels au COSSIM (Centre opérationnel des services de secours et d’incendie de Marseille).
• 122 000 interventions annuelles.
• 133 interventions pour 1 000 hab (record national).
• 334 interventions/jour.
• 83% de l’activité relève du secours aux personnes.
• 10 min : délai d’intervention.
• Une flottille de 17 casernes opérationnelles H24, 365j/an.
• 2 477 marins-pompiers experts (sanitaire, feux de navires, urbains et de forêts).
• 6 sections opérationnelles spécialisées – SOS (GRIMP, AQUA, RT, SD, DIH, DEPOL).

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