Bataille de Dunkerque

Publié le 7 Mars 2016 à 10:42

© DR / Centre de la Mémoire Urbaine d’Agglomération – Archives de Dunkerque / Infographie EV1 Paul Sénard

OPÉRATION DYNAMO : SAUVE QUI PEUT !

L'« Opération Dynamo », c'est le nom de code de la bataille de Dunkerque livrée par les armées française et britannique, fin mai-début juin 1940, contre l'armée allemande. Neuf jours de combats nourris par un déluge de feu depuis la terre, la mer et les airs.

Le 20 mai 1940, la situation est désespérée pour les troupes alliées, la Wehrmacht est parvenue à les couper en deux, et pire à les encercler. Entre les mâchoires de cette tenaille : un million de soldats français, belges et britanniques pris au piège. 24 mai, les Allemands en nette supériorité peuvent fondre sur leurs ennemis mais un ordre impératif du général von Rundstedt, étrangement confirmé par Hitler, les stoppe, et ce jusqu'au 27 mai. Une aubaine pour les Alliés qui se regroupent en hérisson pour tenir pied à pied un corridor s'étendant de la région lilloise à Dunkerque, soit une poche d'une centaine de kilomètres de profondeur et d’environ quarante de largeur. L'objectif est clair : regrouper les troupes dans une poche allongée et ouverte sur la mer. Les Français misent sur une contre-attaque à l'inverse du général Gort, qui préfère évacuer les troupes britanniques vers les ports de la Manche. 28 mai, Londres est mis devant le fait accompli mais confirme la décision du chef du corps expéditionnaire de rembarquer depuis Dunkerque. Ainsi abandonnées sur l'une de leurs ailes, les troupes belges du roi Léopold III capitulent. Fureur de Londres et de Paris. Décision est prise de regrouper les unités et éléments des armées françaises à Dunkerque pour en assurer la défense. Côté britannique, le vice-amiral Bertram Ramsay installe son quartier général dans une cave du château de Douvres où a jadis fonctionné un groupe électrogène. D'où le nom de baptême de cette opération : « Dynamo ». Ce même jour, le corridor se rétrécit sur le terrain comme une peau de chagrin. Devant la puissance de feu ennemi, les Français sont contraints de se replier sur Dunkerque afin d'en assurer la défense. Les Allemands pilonnent la ville, dont la défense se fait plus difficile d’heure en heure. Les Britanniques n'apportent plus vraiment leur aide pour les combats au sol, ils ont déjà embarqué leur artillerie et la défense contre aéronefs (DCA). Les bombardements sont ininterrompus.

LE MIRACLE DES PETITS BATEAUX

Sur les quais et au large, les opérations d'embarquement des troupes s'effectuent dans la panique. Les morts sont nombreux, autant à cause du feu de l'ennemi que des noyades. Pour évacuer, les « Brits » ont rassemblé, en un temps record 42 bâtiments de la Royal Navy, ainsi qu'une armada de navires réquisitionnés pour traverser la Manche : une flotte hétéroclite d'environ 700 bâtiments constituée de ferries, de chalutiers, de remorqueurs, de péniches, de yachts et d'embarcations encore plus modestes, les little ships1 (370 équipés tout au plus de deux mitrailleuses). Il a fallu ensuite organiser cette « noria ». Entre Dunkerque et Douvres, la route la plus directe est la route « Z », longue de 60 kilomètres, mais elle est à portée des canons allemands à la hauteur de Calais. La route « Y » évite ce risque mais met Dunkerque à 130  kilomètres de Douvres ; qui plus est, elle constitue un terrain de chasse pour les vedettes lance-torpilles de la Kriegsmarine. La voie la plus praticable est la route « X », longue de 80  kilomètres mais qui ne sera toutefois déminée que tardivement. Le principal danger vient surtout des airs. Le 29 mai par exemple, 400 bombardiers allemands, protégés par 180 Messerschmitt, ont méthodiquement pilonné Dunkerque, tout en mitraillant les plages sans oublier de bombarder les bâtiments croisant au large. Ce jour-là, le bilan des pertes est tellement lourd que l'Amirauté décide d'arrêter l'opération. Ce sont au total, près de 250 embarcations qui ont été envoyées par le fond, dont les contre-torpilleurs de la Marine Jaguar et Chacal, les torpilleurs Bourrasque, Siroco et l'Adroit. Les dégâts auraient pu être pires sans le plafond des nuages, souvent très bas. De surcroît, la fumée des incendies a considérablement gêné la Luftwaffe. En mer, c'est la débandade. Il y a trop d'hommes et pas assez de bâtiments. Pour évacuer, il faut soit rejoindre un navire accostant le môle du port (une avancée de 1 500 mètres dans la mer), soit rejoindre la plage et avancer en file indienne jusqu'à une embarcation légère qui fait le va-et-vient entre le rivage et le bâtiment au large. Malgré ces conditions rudimentaires, les opérations d'évacuation vont s'intensifier grâce notamment à l'aide de l'aviation britannique, la RAF. 4 juin 1940, 3 h 20, le Shikar quitte le môle pour sa dernière rotation, laissant à terre 40 000 soldats qui continuent de combattre.

DUNKERQUE CAPITULE !

Le lendemain, les Allemands pénètrent dans une ville en ruines au-dessus de laquelle ils font flotter le drapeau à croix gammée. Ainsi s'achève l'opération Dynamo qui a permis d'évacuer sur une mer d'huile près de 340 000 combattants (dont 123 000 Français) en 9 jours. Malgré le succès de l'opération, tous les équipements lourds et les véhicules alliés ont dû être abandonnés2. Pire, 35 000 soldats (des Français en majorité) sont fait prisonniers par la Wehrmacht. Parmi eux, des soldats qui ont protégé l'évacuation jusqu'au dernier moment et qui n'ont pas pu embarquer. Cet héroïsme des soldats français va être occulté, car les heures les plus sombres de notre république vont, en effet, bientôt résonner. Pour les Britanniques, cette opération est considérée comme une réussite, censure en temps de guerre oblige. Les combattants de Dunkerque sont traités en vainqueurs et non en vaincus. Seul Winston Churchill tempère les ardeurs, rappelant que « les guerres ne se gagnent pas avec des évacuations » aussi héroïques soient-elles. Cette épreuve a cependant façonné dans l'esprit collectif so british « l'esprit de Dunkerque », symbolisant la capacité de cette nation à se rassembler et à surmonter l'adversité. Malgré la perte d'équipements et de matériels, la Grande-Bretagne a sauvé la majorité de ses soldats qui seront affectés à sa défense avant d'être déployés, la menace passée, en Outre-mer, au Moyen-Orient et sur d'autres théâtres. Ces soldats formeront le noyau des armées de retour sur les plages normandes en juin 1944. Quant aux Français évacués, ils ne vont séjourner que quelques semaines outre-Manche avant d'être transférés en France… avant l'armistice. Aujourd'hui, tous les historiens s'accordent à dire que cette évacuation « à la sauve-qui-peut ! » a sauvé le Royaume-Uni d'une invasion nazie face à laquelle ce pays n'aurait vraisemblablement pas pu résister malgré la puissance de feu de sa Navy et de son aviation. Cet épisode méconnu de l'histoire constitue la toile de fond du prochain film de Christopher Nolan (Memento, The Dark Knight, Inception). Pour les besoins de son prochain long-métrage Dunkirk (sur grand écran à l’été 2017), sa production compte utiliser le Maillé-Brézé, le dernier escorteur d’escadre de la Marine (encore à flot) amarré depuis 1988 dans le port de Nantes. Un nouvel éclairage sur l’une des opérations d’évacuation les plus importantes de toute l’histoire militaire. Un inimaginable succès au cœur d’une défaite humiliante, là est tout le paradoxe de cet épisode clef de l’histoire de la seconde guerre mondiale, dont on a fêté au printemps dernier les 75 ans.

Stéphane DUGAST

1: Les fameux « petits navires de Dunkerque », dont le plus petit est un bateau de pêche de 4,6 m de long opérant sur la Tamise et exposé aujourd’hui à l'Imperial War Museum. Le « miracle des petits bateaux » reste présent dans la mémoire populaire en Grande-Bretagne.
2: 2 500 canons, près de 65 000 véhicules et 20 000 motocyclettes, 377 000 tonnes d'approvisionnement, plus de 68 000 tonnes de munitions et 147 000 tonnes de carburant… 

2 472 canons, environ 65 000 véhicules et 20 000 motocyclettes, 377 000 tonnes d'approvisionnements, plus de 68 000 tonnes de munitions et 147 000 tonnes de carburant…

 Les pertes sont avant tout matérielles pour les Britanniques. Côté français, 35 000 soldats assurant la défense de cette opération que l’on n’appelle pas encore « amphibie » seront capturés.
Ils auront permis l’évacuation de de quelques 340 000 hommes, dont plus de 123 000 Français.


BIBLIOGRAPHIE

Marine-Dunkerque mon équipe au combat de Maurice Guierre, Flammarion, 1942.

Week-end à Zuydcoote de Robert Merle. Prix Goncourt 1949 adapté au cinéma par Henri Verneuil en 1964.

Cols Bleus, numéro 548 du 31 mai 1958.

Les 9 jours de Dunkerque de David Divine, traduit de l'anglais , Collection "l'Heure H", Calmann-Lévy, Paris, 1964.

1939-1940, l'année terrible. Dunkerque : sortir de la nasse de Jean-Pierre Azema, Le Monde du 27 juillet 1989.

La campagne de France (2): La bataille de Dunkerque 26 mai-2 juin, de Matthieu Comas, revue Batailles Aériennes HS no.8, 1999.

FILMOGRAPHIE

Week-End à Zuydcoote, par Henri Verneuil, Studio Canal, 2001.

Dunkirk, de Leslie Norman (1958). 

La Bataille de France dans la série des grandes batailles du passé, documentaire d'Henri de Turenne et de Daniel Costelle.

Dunkerque (VO : Dunkirk), film de guerre de Christopher Nolan prévu pour une sortie au mois de juillet 2017.

Source: Marine nationale
Droits: Marine nationale

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