Refonte du cursus atomiciens Pour une formation plus spécialisée

Publié le 3 Novembre 2015 à 12:01

© Marine nationale

Les atomiciens, spécialistes du fonctionnement des bâtiments à propulsion nucléaire, sont des maillons essentiels à la conduite des missions liées à la dissuasion et à la projection de puissance. Chaque année, 80 marins sont sélectionnés pour intégrer cette filière d’excellence. Focus sur le nouveau modèle de formation des atomiciens.

ASP Sarah Violanti

Dans un contexte de déflation des effectifs, les besoins en compétences deviennent toujours plus aigus pour la Marine. Ce constat est particulièrement avéré pour les atomiciens (ATO). Une réflexion a donc été menée avec les acteurs de l’énergie atomique pour adapter leur cursus au contexte.

La formation délivrée est désormais mieux adaptée à l’emploi occupé, avec une orientation plus précoce et une formation plus spécialisée qui s’articule toujours en trois grandes étapes :

• un module « métier » adapté à chaque spécialité : Mécanicien (MECAN) ou Électrotechnicien (ELECT). Il s’agit d’un brevet supérieur (BS) ramené à une durée de 15 semaines et qui constitue le tronc commun de chacune des deux spécialités ;

• une formation à l’École des applications militaires de l’énergie atomique (EAMEA) répartie dans un premier temps en tronc commun, suivi d’une formation adaptée au futur emploi, pour l’acquisition de la compétence atomicien ;

• une période de pré-embarquement d’une durée de 20 semaines à l’École de navigation sous-marine (ENSM(1)).

La mise en œuvre de ce nouveau cursus nécessite une phase transitoire qui passe notamment par une réorganisation de la formation au sein des écoles. C’est un défi complexe car celles-ci doivent garantir aux élèves et aux futurs employeurs la même qualité de formation, tout en assurant l’ensemble des enseignements de leur périmètre.

(1) ENSM BPN à Toulon (École de navigation sous-marine et des bâtiments à propulsion nucléaire) ou ENSM Brest.

EN BREF

Ce qui change

• Une formation personnalisée mieux différenciée, adaptée au futur emploi ;
• un cursus de formation plus court (environ 18 mois contre 2 ans aujourd’hui) ;
• une dominante théorique qui n’altère pas la compréhension des principes de fonctionnement du réacteur et de la propulsion nucléaire ;
• une partie pratique approfondie ;
• une orientation vers les emplois d’opérateurs (KE, KM, KR(1)) au début de la formation à l’EAMEA.

Ce qui ne change pas

• Une formation qui répond aux exigences de sûreté nucléaire ;
• les modalités d’attribution du brevet de maîtrise atomicien ;
• une qualification toujours reconnue dans le civil ;
• le parcours professionnel attractif  des atomiciens;
• l’accès aux qualifications de niveau supérieur ;
• l’attrait d’une carrière sur des bâtiments de haute technicité. 

(1) KE : Opérateur Électricien / KM : Opérateur Mécanicien / KR : Opérateur Réacteur.

Regards croisés

Examen des métiers
CC Nicolas A., autorité de domaine de compétence et adjoint de l’autorité de coordination pour les affaires nucléaires, la prévention et la protection de l’environnement pour la Marine (ALNUC).

Cela fait cinquante ans que nous formons des atomiciens au sein de la Marine. D’autres réformes avaient été envisagées par le passé mais la dernière remonte à dix ans. Le temps d’une réforme en profondeur avec de nouvelles mesures était venu : nous avons décidé de créer de nouvelles mesures et nous avons commencé par effectuer un examen des métiers. Les atomiciens ont en réalité trois métiers sur un bâtiment (marin, MECAN ou ELECT et ATO) ! Cela a initié une réflexion sur le métier d’atomicien et sur les besoins en compétences pour exercer cette fonction spécifique dans la Marine. Le principe de « saturation cognitive » pendant leur formation a été mis en lumière par une analyse de l’Institut de recherche biomédicale des armées (IRBA). On s’est donc constitué en groupe de travail et les hautes autorités ont été associées à cette réflexion pour définir un nouveau modèle de formation toujours reconnu.

Une formation cohérente
CC Philippe J., chef du groupe d’instruction électrotechnique, Pôle Écoles Méditerranée (PEM)

Au sein du Pôle Écoles Méditerranée, nous nous engageons à fournir un système de formation cohérent du plus bas niveau de formation jusqu’aux certifications supérieures (CSUP). La refonte du cursus ATO revoit le modèle actuel du BS qu’il soit MECAN ou ELECT, en créant un modèle BS spécifique destiné aux futurs atomiciens. En tant que chef du groupe d’instruction électrotechnique, je réfléchis désormais avec mon équipe pédagogique au cœur de métier. Ce nouveau module nécessite une nouvelle organisation. L’infrastructure et les moyens humains sont repensés afin d’accueillir les futurs atomiciens avant leur entrée à l’École des applications militaires de l’énergie atomique (EAMEA). En cas d’échec, il sera toujours possible au marin de récupérer le module manquant et d’acquérir un brevet supérieur classique.

Un parcours professionnel adapté
CF Benoît R., chef de la section Carrière/Emploi (PM2)

L’objectif de cette refonte est d’aménager le cursus des atomiciens pour diminuer l’attrition sans modifier l’attractivité de cette filière d’excellence. Les avantages de carrière significatifs du BSA APN sont préservés : accès à l’échelle 4, avancement plus rapide (gain d’avancement du BS et CSUP atomicien), indemnités financières. Le parcours professionnel des atomiciens, l’accès aux qualifications de niveau supérieur ou la possibilité d’affectations sur bâtiment classique et outre-mer demeurent inchangés. Cette qualification reste toujours reconnue dans le milieu professionnel civil. La seule évolution majeure en gestion concerne l’orientation en début de formation des futurs atomiciens vers la formation d’opérateurs offrant le pronostic de réussite le plus élevé.

Acquérir les compétences en génie atomique
CV Laurent M., commandant l’EAMEA

LEAMEA est une école de la Marine à vocation interarmées. Elle forme à tous les domaines nucléaires (propulsion nucléaire, armes nucléaires et sécurité nucléaire).
Concernant les atomiciens de propulsion nucléaire, le cursus de formation est constitué d’enseignements géné-raux qui correspondent à la partie théorique de la formation dispensée (formation initiale générique nucléaire - FIGN) et d’une formation pratique générique nucléaire (FPGN) qui consiste en la mise en œuvre pratique des connaissances acquises.
Notre objectif est d’amener les élèves à l’aptitude à la conduite d’une installation de propulsion nucléaire au travers de divers modules de formation théoriques, pratiques, puis de synthèse avant leur intégration à l’école de pré-embarquement. Dans le cadre de la refonte du cursus ATO, l’EAMEA a été chargée sous l’impulsion d’ALNUC de mener une étude d’évolution du cursus de formation des atomiciens.
Le problème rencontré n’est pas tant la longueur de la formation que son intensité, notamment au plan théorique qui peut mener à une saturation des élèves. Aussi, notre objectif a été de réexaminer l’adéquation des modules de formation pour chaque type d’opérateur en fonction de son métier réel à bord et de donner la priorité aux enseignements pratiques lorsque le recours à la théorie n’était ni nécessaire ni profitable. Ce travail a permis d’atténuer la charge de travail théorique, tout en conservant pour chaque catégorie d’opérateur des atomiciens individuellement bien formés à leur métier et disposant de connaissances suffisantes  pour échanger avec les autres opérateurs au sein de l’équipe de conduite, tant pour la disponibilité de l’installation que pour la sécurité nucléaire.

Qu’est-ce qu’être atomicien ?
CV Jean-Philippe P., chef de division à la Force d’action navale (FAN)

L’atomicien de surface est avant tout un marin ayant acquis une qualification technique dans le domaine de la mécanique ou de l’électricité à qui l’on inculque une culture de sûreté. Une fois formé, ce personnel est chargé d’exploiter les installations nucléaires du porte-avions Charles de Gaulle. Il assure à ce titre la conduite et le maintien en condition opérationnelle des installations durant toutes les phases de vie du bâtiment.

Nous recherchons pour cette tâche, du personnel persévérant et doté d’un sens développé de la rigueur. Afin de garantir le maintien des acquis et du savoir-faire dans la durée, un entraînement sur simulateur est réalisé annuellement. À cette occasion, le personnel est testé dans les situations de conduite, en cas d’incident ou d’accident.

S’agissant de la révision du cursus de formation des atomiciens de propulsion navale, ALFAN en tant qu’employeur des atomiciens de surface a naturellement été intégré au groupe de travail. Notre rôle a consisté à redéfinir d’une part le périmètre de compétence exigée pour le personnel atomicien et de s’assurer d’autre part de la viabilité de la réforme sur les différents niveaux d’emploi, du poste d’opérateur au poste d’expert. Les futurs opérateurs issus de la refonte du cursus atomicien sortiront avec le même niveau de qualification dans leur poste de conduite qu’avant la réforme. Il n’est donc pas prévu à ce jour de modifier les attendus de l’entraînement.

Info +

Pour découvrir la vie des sous-mariniers, consultez l’article paru en rubrique RH du magazine Cols Bleus n° 3033 d’octobre 2014 : « Forces sous-marines : Plongez en eaux profondes ».

Source: Marine nationale
Droits: Marine nationale

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