Alfan « la frégate est un outil en parfaite adéquation avec les besoins opérationnels »

Publié le 29 Juillet 2015 à 11:29

Préparation au tir d’un missile Aster au Central Opérations du Chevalier Paul en décembre 2014.© Marine nationale / Vincent Orsini

Placé sous l'autorité du chef d'état-major de la Marine, l’Amiral commandant la Force d'Action Navale (ALFAN) est chargé de la préparation de la flotte à ses missions et notamment de la disponibilité du matériel et de l'entraînement. Entretien avec le vice-amiral d’escadre Philippe Coindreau.

Amiral, pourquoi dit-on  que les frégates sont la l’épine dorsale de la Marine ?

Les frégates illustrent, à elles seules, par leur endurance et leur polyvalence, la capacité de la Marine à agir en haute mer, en tout lieu et en tout temps. Les frégates sont de toutes les missions. Il suffit de regarder le spectre des opérations aéromaritimes passées ou présentes auxquelles elles participent. Vous remarquerez que les frégates sont omniprésentes, capables d’évoluer aussi bien seules qu’au sein d’un groupe pour mener indifféremment des opérations au profit de la force océanique stratégique que des missions de prépositionnement.

Les frégates de premier rang, par leur endurance et leur aptitude à détecter et attaquer un adversaire dans les trois dimensions maritimes, jouent un rôle indispensable dans toutes les opérations majeures : projection de puissance ou de forces, couverture des opérations « précurseurs » comme les opérations spéciales ou de guerre des mines.

Amiral, pourquoi la Marine ne dispose-t-elle pas d’un seul et même type de frégates pour remplir ses missions, cela simplifierait tout ?

Disposer d’un seul type de frégate serait une fausse bonne idée ! Pour mener l’ensemble des missions qui lui sont confiées - allant du combat au sauvetage en mer, en passant par la prévention et la projection de forces ou de puissance - la Marine dispose de frégates de différents types adaptées à la diversité des opérations à conduire.

Les FAA, FDA, FREMM et FASM, frégates dites de premier rang, offrent ainsi des capacités de combat majeures dans tous les domaines de lutte pour conduire des opérations de haute intensité ou garantir la liberté d’action de nos forces navales et interarmées. Les frégates de premier rang agissent au sein d’un groupe aéronaval (GAN), d’un groupe expéditionnaire autour d’un bâtiment de projection et de commandement (BPC), ou de manière isolée, sous menace adverse.

Avec les FLF, la Marine dispose d’unités de combat qui ne sont pas aussi puissantes dans tous les domaines de lutte, mais qui lui permettent d’agir en complément des unités précédentes, que ce soit de manière isolée ou intégrée dans une force navale. D’ici quelques années, les FLF seront modernisées. Dotées d’un sonar, elles disposeront de capacités anti-sous-marines leur permettant de développer leur domaine d’action. Enfin, les FS, des unités construites aux normes civiles, permettent de durer et de se projeter loin et longtemps.  Disposant d’un hélicoptère qui leur donne une excellente allonge, les FS sont parfaitement adaptées au contrôle de vastes espaces maritimes, notamment dans les approches métropolitaines et ultramarines, et aux missions d’AEM comme la lutte contre le narcotrafic ou la piraterie.

FREMM, FASM, FDA, FAA, FLF ou FS, ces différentes unités incarnent  le « principe de différenciation » : chaque frégate est parfaitement adaptée aux missions qui lui sont confiées, et ce en fonction de l’intensité des opérations à conduire.

En termes d’emploi opérationnel, comment les frégates sont-elles mises en œuvre ?

Nos frégates prouvent chaque jour leur efficacité opérationnelle dans leurs différentes missions, que cela soit en précurseur,  au sein du groupe aéronaval (GAN), ou encore en autonomie. A titre d’illustration de la diversité de leurs engagements, lors de l’opération Harmattan au large de la Libye, les frégates ont fourni un appui feu et un appui en renseignements importants. Elles ont plus récemment été au cœur d’opérations d’évacuation de ressortissants en Libye ou au Yémen. Citons également les FDA déployées en Méditerranée orientale dans le cadre de la crise régionale.

Autre exemple évocateur, celui des FAA et des FDA qui ont été en mesure d’assurer la défense antiaérienne par secteur d’un groupe aéronaval américain lors de l’opération Chammal.

Je n’oublie pas bien sûr les FS déployées dans les départements et les communautés d’outre-mer, ou encore les FLF. Que les frégates soient engagées sur des théâtres variés - seules ou intégrées à des forces aéronavales, en interarmées ou interalliées -, elles comptent bon nombre d’opérations significatives à leur actif : contribution aux opérations de projection de puissance et de force, maitrise des espaces aéromaritimes indispensable à notre liberté d’action, mais aussi lutte contre le terrorisme, lutte contre la piraterie maritime, évacuation de ressortissants, lutte contre les trafics illicites. Enfin, les frégates sont toujours mises en œuvre avec un hélicoptère embarqué, qui permet entre autres d’accroitre l’allonge du bâtiment ou encore « d’éclairer » un théâtre d’opérations. Le couple frégate/hélicoptère est indissociable ! FDA, FLF, FREMM, FAA, FASM, FS… Tous ces bâtiments nous démontrent chaque jour la cohérence des moyens navals de notre Marine et que les frégates en sont bien la colonne vertébrale. Qu’un SNLE parte en patrouille ou que le GAN soit déployé, les frégates sont là !

Comment la Marine gère-t-elle la composante frégates au sein de laquelle naviguent des bâtiments modernes et des bâtiments d’ancienne génération ?

Le défi est bien de faire coexister des frégates anciennes - au matériel vieillissant mais maintenu à niveau - avec des frégates de nouvelle génération, où l’optimisation impose une nouvelle organisation.   Les frégates de défense aérienne et frégates multimissions   succèdent respectivement aux frégates lance-missiles, aux frégates de types F67, F70 et aux frégates anti-aériennes   à l’horizon post-2020. L’arrivée échelonnée des FREMM permet de les intégrer progressivement au sein de la FAN. FREMM ou FDA, ont bénéficié de l’expérience des bâtiments précédents, dont le changement le plus concret est la  maintenance facilitée. Les FDA et les FREMM ont profité des progrès techniques et technologiques réalisés depuis la génération antérieure. Développées dans un contexte de fortes restrictions budgétaires, ces frégates ont également été pensées en termes de conduite avec un équipage optimisé. Cette optimisation a été rendue possible grâce au développement technologique et à une forte automatisation.

Pour la FAN, que  change concrètement l’arrivé des nouvelles frégates ?

L’optimisation nous pousse à revoir notre organisation traditionnelle. Aujourd’hui encore sur les frégates d’ancienne génération, la formation à l’emploi repose sur le « compagnonnage », qui permet aux plus jeunes de se former auprès de marins plus chevronnés qui leur apprennent leur métier. Ce système n’est plus adapté aux nouvelles frégates beaucoup plus exigeantes en termes de formation à l’emploi. Les FREMM, dont l’équipage est réduit, nécessitent de fonctionner avec un Groupe de Transformation et de Soutien[1] composé de marins qui viennent épauler et compléter l’équipage.   Ainsi, c’est toute notre organisation qu’il faut repenser, en termes de formation à l’emploi (c’est à dire préalable à l’affectation), d’entraînement et de maintien en condition opérationnelle. Pour l’entraînement notamment, nous avons ainsi désormais recours à des outils plus modernes et performants,  comme l’utilisation accrue de la simulation reproduisant des conditions proches du réel afin de faire acquérir rapidement au marin les compétences requises sur nos nouveaux bâtiments.

 

[1] :            Anciennement  reachback FREMM

Source: Marine nationale
Droits: Marine nationale

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