Forces sous-marines : plongez en eaux profondes !

Publié le 23 Octobre 2014 à 14:16

© Marine nationale / Franck Seurot

Chaque année, près de 260 marins, issus des forces ou nouvellement recrutés, rejoignent  les forces sous-marines (FSM) sur la base du volontariat. Ces futurs sous-mariniers suivent une formation intensive et exigeante de plusieurs mois pour les préparer à mettre en œuvre les sous-marins, bâtiments parmi les plus complexes que l’homme ait construits, apanage des marines à vocation océanique mondiale.

Interview du CF Benoit Roussin, chef de la section « gestion » au bureau des équipages de la flotte et des marins des ports (PM2).

« Les marins des forces sous-marines font l’objet d’un suivi attentif et individualisé »

Quelles est la spécificité en gestion des marins servant dans les forces sous-marines ?

Chaque marin détient une expertise indispensable au fonctionnement de l’équipage ! Pour assurer leurs missions de dissuasion et de connaissance et anticipation, les FSM mettent en œuvre des bâtiments à propulsion nucléaire (BPN) de type sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) et sous-marin nucléaires d’engin (SNLE), ainsi que des systèmes d’armes nucléaires. Or, la mise en œuvre de bâtiments aussi complexes s'appuie d’abord sur la qualité de leurs équipages. Elle requiert des marins motivés, aux savoir-faire hautement développés, alliés à des savoir-être leur permettant d’être efficaces collectivement. En gestion, les FSM sont caractérisées, comme toutes les filières d’excellence, par un petit nombre de marins titulaires de ces compétences, objet d’un suivi attentif et individualisé.

En quoi l’actuelle augmentation du personnel atomicien est-elle nécessaire ?

Depuis trois ans nous avons augmenté le flux de recrutement d’atomiciens de propulsion  navale (APN) afin de pouvoir disposer  d’un nombre de marins suffisant pour pouvoir renforcer les équipages lors des pics d’activités majeures prévus à l’horizon 2017, tout en continuant à assurer la mise en œuvre des BPN. Nous anticipons une conjonction d’évènements : exigences accrues de sûreté dans un environnement post-Fukushima et renforcement de la gouvernance des installations de support terrestres, montée en puissance du programme Barracuda et préparation de l’arrêt technique majeur (ATM) du porte-avions Charles de Gaulle.

Quelle est la politique RH mise en œuvre pour la gestion du personnel des FSM ?

Être sous-marinier est un métier exigeant où la maitrise de savoir-faire hautement techniques est essentielle. Dès leur sortie de cours et jusqu’à la fin de leur carrière, les sous-mariniers doivent parfaitement maîtriser leur environnement. Il leur est demandé de maintenir un haut niveau de compétences. La gestion de proximité incite les marins à évoluer vers des niveaux de qualifications supérieurs, leur offrant ainsi des carrières enrichissantes et motivantes.

1/ Cours de pré-embarquement validé : prêt à embarquer !

Firas, SM, opérateur du tableau de sécurité-plongée (TSP) sur SNA
« En 2012, j’ai commencé ma formation à l’Ecole de maistrance, à l’issue de laquelle j’ai obtenu mon brevet d’aptitude technique (BAT) de mécanicien naval. J’ai toujours voulu être sous-marinier, c’est un métier hors du commun. A ce moment-là, un problème médical m’a empêché d’intégrer les FSM dès mon incorporation. J’ai donc d’abord été affecté sur des bâtiments de surface. En janvier dernier, j’ai appris que j’étais retenu pour suivre le cours de pré-embarquement TSP à l’école de navigation sous-marine (ENSM). Après deux semaines de cours de connaissances générales du sous-marin (CGSM), nous avons eu un mois et demi de cours théoriques et un mois de mise en pratique sur simulateur, également appelé plate-forme. Au total, trois mois de formation dense et intensive : nous devions assimiler et retenir une grande quantité d’informations techniques. Je travaillais régulièrement chez moi après chaque journée de formation. Pour réussir ce cours, il m’a fallu être persévérant et curieux .Dernière étape de la formation : la plate-forme test. Avec trois de mes camarades de cours- un maître de central, un chef de quart et un barreur- nous avons été évalués ensemble sur une plate-forme reconstituant un poste central de navigation d’opération (PCNO) de sous-marin nucléaire d’attaque. Chacun assurait son rôle, sa mission… J’ai réussi cette ultime étape et suis aujourd’hui affecté sur SNA. En tant que TSP, mon rôle à bord est d’évaluer l’état de santé du sous-marin lors des phases de plongée : vérification des différents paramètres (huile, air, pression des circuits). C’est un poste très valorisant. J’ai hâte de mettre en pratique ce que j’ai appris à l’ENSM et de sentir que je fais maintenant partie de l’équipage d’un sous-marin ».

2/ Les métiers des FSM : de véritables tremplins !

Djimy, PM, entraîneur sécurité sur SNLE
« J’ai rejoint  la Marine en 1998 pour effectuer mon service militaire. J’ai été affecté en Nouvelle-Calédonie à bord de trois bâtiments de surface. Au bout de deux ans, j’avais fait le tour des propulseurs diesels et je voulais découvrir la propulsion nucléaire. Je voulais connaître cette vie sous l’eau, cette expérience humaine et professionnelle hors du commun. En 2002, j’ai donc suivi le cours sécurité plongée (CSP) SNLE à l’Ile-Longue, puis j’ai embarqué sur le SNLE L’Inflexible. En 2007, mon brevet supérieur adapté (BSA) atomicien en poche, j’ai effectué ma première patrouille sur le SNLE Le Téméraire. Notre métier exige un niveau de connaissances techniques très poussé… Ça a été, et c’est toujours une formation difficile mais notre métier est passionnant et nos parcours de carrière donnent rapidement des possibilités de progression et de changement de métier. En tant qu’atomicien à bord d’un SNLE, j’étais responsable de la propulsion nucléaire à la mer et chargé de la surveillance du réacteur du sous-marin à quai. Aujourd’hui, je suis entraîneur sécurité sur SNLE : j’évalue les équipages lors d’une semaine à la mer. Les sous-mariniers doivent cultiver leur curiosité intellectuelle, poursuivre leurs efforts et rester à niveau »

3/ De maître d’hôtel sur les bâtiments de surface à torpilleur/barreur sur SNA

Julien, QM1 barreur sur SNA
« Je me suis engagé dans la Marine après avoir décroché un BEP/CAP en boulangerie-pâtisserie en 2005. Affecté sur la frégate de surveillance Ventôse comme maître d’hôtel (MOTEL), j’ai découvert « les armes » lorsque l’on m’a mis derrière les petits calibres du bâtiment. En 2007, j’ai passé la qualification d’élément spécialiste petit calibre au centre d’instruction naval (CIN) de Saint-Mandrier, puis j’ai été ‘volontaire sous-marin’ pour rester dans la filière « armes », mais cette fois à bord des sous-marins. En 2011, j’ai été admis à l’ENSM pour suivre le cours barreur. Puis j’ai obtenu mon BAT mécanicien d’armes (MEARM). Aujourd’hui, après trois années passées dans les forces-sous-marines, je comptabilise 5 cycles de plongée et 5 500 heures de plongée . Ce qui est passionnant sur sous-marins, c’est le travail en équipage ! Chacun a son rôle à bord… A partir du moment où on ferme la « boîte », une petite famille se constitue !   J’aimerais aller au BS MEARM et passer le cours de maître de central… et si l’occasion se présente, pourquoi pas embarquer sur Barracuda »

4/ Atomicien : métier de haute technicité.

Patrice, MT, atomicien sur SNA
« Depuis mon engagement dans la marine en 2004, je n’ai connu que les sous-marins. C’est un monde à part… être en petit équipage confiné à plusieurs centaines de mètres sous l’eau pendant des semaines ou des mois est une expérience humaine, technique et professionnelle exigeante et passionnante. Tant que l’on n’a pas plongé, on ne peut pas vraiment savoir. J’ai débuté ma carrière de sous-marinier comme matelot rondier avant sur SNA. J’étais responsable de l’atmosphère à bord du bâtiment : des usines de production d’oxygène, de l’élimination des polluants et du système de ventilation du bord. Puis en 2008, j’ai suivi le cours rondier machine, et ai été admis au brevet supérieur adapté (BSA) atomicien. Aujourd’hui, j’assure la conduite et la maintenance de la chaufferie nucléaire et des circuits associés, de l’appareil propulsif, ainsi que des installations de production, de distribution et de stockage de l’énergie électrique. C’est un métier très exigeant, car en termes de sécurité, nous devons connaître et comprendre le fonctionnement du bâtiment dans son ensemble ».

Devenir sous-marinier : le chemin du candidat

1/ Remplir auprès de son bureau administratif ressources humaines (BARH) un formulaire de « volontariat forces sous-marines ».

2/ Effectuer une visite médicale préliminaire d’aptitude à la navigation sous-marine auprès du médecin d’unité.

3/ Participer à un stage d’immersion sur sous-marin.

4/ Réaliser un entretien d’orientation au service local de psychologie appliquée (SLPA).

5/ Réaliser un examen d’expertise médicale auprès d’un médecin d’un centre d’examen médical du personnel sous-marinier.

Pour plus d’informations, retrouvez sur colsbleus.fr, la circulaire relative au déroulement de la carrière d’un sous-marinier N°0-12148-2012/DEF/DPMM/2/ASC, parue le 14 juin 2012.

La féminisation des sous-marins

Les sous-marins constituaient jusqu’à présent la dernière affectation « non ouverte aux femmes » de la Marine, restriction liée aux questions d’habitabilité (contrainte de séparation des locaux de vie) et à des contraintes médicales. S’appuyant sur les études menées par les marines américaine et britannique, le ministre de la Défense et le chef d’état-major de la Marine ont annoncé au mois d’avril 2014 le lancement d’une expérimentation pour permettre l’embarquement de femmes à bord des sous-marins à l’horizon 2017. Des volontaires ont répondu à l’appel.

Leur intégration se fera en deux temps :

- tout d’abord une expérimentation avec trois officiers féminins, dont un médecin, à bord de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) où les conditions d’habitabilité le permettent rapidement ;

- puis, suivant les retours de cette première phase, une féminisation plus large avec une ouverture des filières et cursus spécialisés des sous-mariniers aux candidates féminines, favorisée par l’arrivée des SNA de type Barracuda, à l’horizon 2023.

EV1 Sophie Morel
© Marine nationale

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