Une marine forte, c’est une marine capable de remplir ses missions en autonomie ou avec ses partenaires civils et militaires.

Publié le 21 Mai 2014 à 10:03

© Marine nationale / Francois Marcel

Entretien avec le chef d’état-major des Armées (CEMA), le Général d’armée (GA) Pierre de Villiers. Sous l’autorité du président de la République, le CEMA assure le commandement des opérations militaires et garantit l’aptitude de nos armées à remplir les missions opérationnelle qui lui sont confiées.

Mon général, comment concevez-vous l’emploi de la marine dans le contexte mondial actuel ?

Le contexte mondial actuel est caractérisé par l’instabilité. Les crises internationales sont nombreuses, diverses et, souvent, difficiles à anticiper.  Leur résolution appelle des réponses circonstanciées, toujours interarmées, souvent multinationales. Notre pays entend y prendre sa part, au titre de ses responsabilités. Membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies, pionnier de la construction européenne, signataire du Traité de Washington et lié à de nombreux États par des accords de défense et de coopération, il est ainsi amené à s’engager loin de nos frontières, pour défendre ses intérêts, ses valeurs ou manifester sa solidarité. La contribution de la marine nationale y est essentielle, parfois primordiale.

Dans le même temps, la surveillance de nos approches maritimes, l’action de l’Etat en mer et la posture de dissuasion nucléaire assurent la protection des Français et du territoire national, de manière souveraine, garantissant ainsi à la France sa liberté de décision et d’action.

Dans ce contexte, notre pays a besoin d’une marine forte, en mesure d’agir sur mer et à partir de la mer, aussi vite, aussi loin et aussi longtemps que nécessaire, dans toute la gamme des missions. Une marine forte, c’est une marine capable de remplir ses missions en autonomie ou avec ses partenaires civils et militaires. Elle doit donc disposer de capacités complètes et parfaitement interopérables, en interarmées, en interministériel et en interalliés.

Quels enjeux vous paraissent déterminants à long terme pour la marine ?

Les enjeux futurs se discernent dans les grandes tendances à l’œuvre aujourd’hui. La mer et ses abords sont l’objet d’une compétition sans cesse accrue entre les nations, pour exploiter les ressources halieutiques ou énergétiques, pour commercer, ou pour affirmer sa souveraineté. La liberté de circulation sur les mers et dans les détroits sera de plus en plus cruciale.

Je constate par ailleurs un effort très sensible de nombreux pays pour développer des capacités navales hauturières. C’est vrai un peu partout, surtout en Asie où l’acquisition de capacités aéronavales et sous-marines est clairement perçue comme une étape nécessaire à l’affirmation au niveau régional, voire mondial. Le déni d’accès pourrait être un défi majeur à moyen terme. Dès aujourd’hui et encore plus demain, pour les raisons que je viens de souligner, le combat naval de haute intensité est dans le champ du possible. Il faut s’y préparer.

Notre marine devra donc continuer à remplir l’ensemble de ses missions, des plus pacifiques au plus guerrières. Sous forte contrainte de moyens et donc dans un format resserré, les difficultés sont là et il nous faudra les surmonter. Certains savoir-faire ne reposent déjà que sur une poignée de spécialistes hautement qualifiés : atomiciens, officiers d’appontage, par exemple. Le maintien d’une activité opérationnelle suffisante, et le renforcement de nos coopérations internationales sont d’ores et déjà prioritaires. Ils nous permettront de conserver la marine complète dont nous avons besoin, aujourd’hui parmi les premières au monde derrière l’US Navy.

Quelles améliorations capacitaires clef attendez-vous de la modernisation de la marine ?

Notre marine est extrêmement performante. Elle a fait le choix gagnant, dans le cadre de sa modernisation, de matériels polyvalents et capables de fonctionner en réseau, ce qui démultiplie encore leurs capacités. La montée en puissance des FREMM, des Barracuda, du Rafale et du NH90, entre autres programmes majeurs, lui permettra de se maintenir au meilleur niveau. Le missile de croisière naval apportera une nouvelle dimension : bientôt, l’armement de bord permettra d’aller bien au-delà de la portée habituelle de nos armes, pour frapper des cibles de haute valeur dans la profondeur. Les pays disposant de cette capacité se comptent sur les doigts d’une main : le potentiel dissuasif et coercitif de la marine nationale en sera renforcé.

En termes de réforme, beaucoup a été fait ces dernières années. Le passage au système des bases de défense n’est pas sans difficultés et nous devons continuer à progresser. La marine n’est pas loin d’avoir atteint ses objectifs de réorganisation et de réduction des effectifs. Les efforts entrepris devront être poursuivis, en particulier pour simplifier les démarches administratives et générer les économies qui permettront aux commandants de force d’accroître leur liberté d’action. Le projet « Horizon marine 2025 », porté par votre chef d’état-major, l’amiral Rogel, fixe le cap pour les années à venir, pour une marine encore plus cohérente et efficace. Il s’intègre pleinement dans un projet interarmées plus global, que j’ai baptisé « CAP 2020 ». Ce projet fédère l’ensemble des armées, directions et services interarmées autour d’une idée de manœuvre qui tient en peu de mots : les défis auxquels nous devons faire face sont exigeants, mais nous gagnerons si nous agissons ensemble et autrement, pour continuer à faire au mieux.

Comment caractériseriez-vous un marin ?

Les marins que je côtoie tous les jours à Paris, ceux que j’ai rencontrés récemment sur le terrain, à bord du porte-avions notamment, témoignent tous de la même passion pour l’action en mer et à partir de la mer. Ce sont des militaires engagés, des spécialistes de haut niveau qui connaissent parfaitement leur métier.

Je crois que, par nature, le marin cultive deux caractéristiques. Souple d’esprit, il accepte les contraintes difficiles de la vie en équipage, le caractère imprévisible des caprices de la mer, la nécessité de s’adapter vite et bien, parce que la mission peut changer rapidement, sans préavis. Il est ouvert au monde, et regarde toujours vers le large, vers les autres usagers de la mer, les civils comme les militaires. Incontestablement, c’est d’abord la valeur de nos marins qui fait celle de notre marine, pour la gloire de nos pavillons, pour le succès des armes de la France.

Source: Marine nationale
Droits: Marine nationale

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