Un ballon « Marine nationale » qui ne tourne pas rond !

Publié le 28 Janvier 2014 à 14:12

Un ballon « Marine nationale » qui ne tourne pas rond !

L’EV2 (R) Jean-Christophe Rouxel a servi presque deux ans à bord du bâtiment de Transport de chalands de débarquement (TCD) Orage. Il nous livre le récit d’une anecdote ayant marqué la vie de son équipage en 1994 dans le Pacifique.     

Cette anecdote a eu lieu il y a près de vingt ans sur un bâtiment de la Marine nationale auquel je suis attaché, ayant servi presque deux années à bord, et qui est désarmé depuis juin 2007 : le TCD Orage.

Le TCD Orage était basé à Toulon depuis septembre 1993. Le 14 août 1994, il participe à la revue navale, point fort des cérémonies qui marquent la commémoration du cinquantième anniversaire du débarquement des troupes alliées en Provence. Puis il part pour une mission de transport logistique dans le Pacifique.

Le bâtiment passe par Brest (1er au 2 septembre), Ponta Delgada (6 au 7 septembre), Les Saintes (14 septembre), Fort de France (15 au 19 septembre), Carthagène (Colombie - 23 au 27 septembre), Balboa (Panama - 29 septembre), l'Ile de Pâques (30 au 31 octobre). Il arrive en Polynésie française à Faaïte (11 octobre) puis Papeete (12 au 22 octobre). A Balboa, l'équipage participe aux cérémonies liées à la commémoration de la disparition de Ferdinand de Lesseps, en présence du Président de la République du Panama. Il revient à Toulon par Balboa (9 au 14 novembre), la Guyane (21 au 23 novembre), Dakar (1er au 4 décembre), Santa Cruz de Tenerife (7 au 9 décembre) et Brest (14 au 16 décembre).

Durant le trajet de l’Orage, entre Panama et la Polynésie, des séances de sport étaient proposées sur la plateforme supérieure non encombrée, notamment de rugby.

Une équipe de rugby s’était créée, encadrée par le « Chien jaune », maître Guilloton, qui avait le poste de capitaine de l’équipe. Le commandant en second, Olivier Picard, était talonneur. L’équipe de rugby était sollicitée quasiment à chaque escale. L'esprit de l'équipe était très fort. Comme toujours, les marins étaient fédérés, d'autant qu’ils venaient de gagner largement un match en Colombie, face à des jeunes de l'académie de Marine. Sur le pont d’envol, il s'agissait toujours et avant tout d'une séance de sport et donc de maintien en forme. Plusieurs entraînements furent programmés car un match était prévu en Polynésie, à la prochaine escale.

Ce vendredi 30 septembre 1994, la météo était très calme, ensoleillée mais sans excès, comme quasiment toujours dans le Pacifique, avec une très longue houle et quelques mouvements de plateforme facilement appréhendés. Cela n’empêcha pas la chute du ballon à l’eau, à l’issue d’une passe mal réceptionnée.

Cette chute a été traitée en passerelle et les références géographiques du lieu de perte ont été mentionnées sur le journal de bord, comme dans les consignes « Homme à la mer ».

Le trajet vers la Polynésie étant plus que tendu par la mission confiée au TCD Orage, les manœuvres de récupération n’ont pas été réalisées. D’autant qu’une demi-journée avait été perdue à cause d’un retard au sortir du canal de Panama. L’entraînement reprit avec un autre ballon.

Coordonnées de perte du ballon : 05° 33,7 N – 0,84° 48,1 W

Il n’y eut pas que le ballon qui fut perdu … Le match de rugby en Polynésie, contre l’équipe des « Vieilles Pompes », redoutable équipe de polynésiens solides et très lourds, le fut également.

La batellerie fut bien débarquée à Papeete ainsi que le matériel, puis l’EDIC 9074 fut embarqué dans le radier pour la Guyane. Trajet retour envisagé avec un passage par l’île de Pâques à la Toussaint.

Beau temps et retour vers Panama et son Canal.

Le dimanche était un jour de « repos » pour le personnel et, mis à part ceux qui étaient de quart, les autres pouvaient se reposer ou s’adonner à diverses activités, comme repos, bronzage, sport ou pêche … La pêche était un des loisirs préférés du capitaine d’armes, le Maître principal Gueguen.

Ce fut le cas, ce dimanche 6 novembre 1994, plage arrière. Et qu’elle ne fut pas sa surprise que de voir apparaître, près du TCD Orage, le ballon perdu fin septembre … Sans perdre de temps, appel au TAG (téléphone) du rouf arrière pour joindre la passerelle. Manœuvres et récupération du ballon, vérification sur son origine, confirmation et positionnement de nouveau inscrit au journal de bord !

Coordonnées de récupération : 0,2° 09,7 E – 0,87° 42,5 W

Tout cela a donné lieu à de nombreux commentaires qui ont à leur tour inspiré l'article du 7 janvier 1995 de Cols bleus.

Après calculs, le service hydrographique de la Marine (SHOM) a confirmé que le ballon avait parcouru 500 nautiques en 37 jours, soit à une vitesse moyenne de 0,6 nœuds ! Et il avait franchi la ligne de l’Équateur, en toute discrétion !

Le TCD Orage était en contact avec le SHOM, car cet organisme avait laissé une directive à bord pour effectuer des relevés concernant « El Nino »

Source : Article presse cols Bleus du 7 janvier 1995 / Témoignage du CV (R) Picard Olivier, commandant en second du TCD Orage en 1994
Droits: Marine nationale

 

 

Vos réactions: 
Moyenne: 4.8 (13 votes)
Envoyer