De Baliste (2006) à Irma (2017) - Les opérations de la mer vers la terre

Publié le 9 Mai 2018 à 11:45

© PHILIPPE SOLA/MN - Opération Harmattan à bord du BPC Mistral, 29 août 2011 : retour d’un Puma et d’un Tigre à l’issue d’un raid (« strike »).

Sans être à proprement parler toutes des opérations amphibies, d’importantes interventions récentes de la Marine ont été des projections de la mer vers la terre, avec changement de milieu, vers des côtes parfois « hostiles »… Interarmées et dans certains cas interalliées, ces opérations ont tiré parti des plus-values offertes par la dimension maritime et par les capacités des bâtiments, notamment des BPC. Exemples.

 

Opération aéromobile

Opération Harmattan 

période : 2011. zone : Libye 

Le 17 mars 2011, le Conseil de sécurité des Nations unies adopte, à l’initiative de la France et du Royaume-Uni, la résolution 1973 relative à l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne en Libye, un embargo sur les armes et la protection de la population. Le 19 mars, l’opération Harmattan est lancée. Les objectifs : conduire des missions d’interdiction aérienne, réduire les capacités de défense des forces du colonel Kadhafi, conduire des frappes sur des objectifs pouvant menacer la population libyenne et contrôler l’espace aéromaritime. La Task Force 473 constitue le volet maritime de cette opération. Au total, 27 bâtiments de la Marine sont déployés, dont le porte-avions Charles de Gaulle avec son groupe aérien, les BPC Mistral, puis Tonnerre, la frégate antiaérienne (FAA) Jean Bart, la frégate anti-sous-marine (FASM) Montcalm et la frégate de type La Fayette (FLF) Courbet, le pétrolier-ravitailleur Meuse, le patrouilleur de haute mer (PHM) LV Le Hénaff et un sous-marin nucléaire d’attaque. 

La coordination interarmées a été particulièrement poussée et fructueuse, permettant notamment de combiner les raids d’hélicoptères de nuit avec une manœuvre aéronavale globale et un appui aérien. L’opération (plus de 3 500 marins engagés au plus fort de la mission) s’est prolongée dans la durée (1 400 jours de mer cumulés en zone d’opération).

 

Embarquement-débarquement/Transport stratégique

Opération Sangaris

période : 2013. zone : République centrafricaine 

L’opération Sangaris est lancée le 5 décembre 2013. Elle fait suite à l’adoption de la résolution n°2127 par le Conseil de sécurité de l’ONU donnant mandat aux forces africaines de la Misca (Mission internationale de soutien à la Centrafrique) pour contribuer à la protection des populations et au rétablissement d’un ordre nécessaire à la délivrance de l’aide humanitaire en République centrafricaine. En décembre 2013, le BPC Dixmude effectue une mission de transport stratégique au profit de cette opération en débarquant à Douala (Cameroun) le matériel nécessaire aux opérations menées en République centrafricaine, acheminé depuis la métropole ou le Gabon. Au mouillage, le BPC a mis en œuvre ses capacités amphibies pour embarquer le matériel des Forces françaises au Gabon (FFG). Les liaisons entre le bâtiment et la plage de Libreville ont été effectuées avec un EDAR et deux CTM. 

L’intervention du Dixmude a rendu possible le transport de matériel lourd, tout en permettant aux détachements concernés de bénéficier des outils de planification du bâtiment afin de préparer leur mission.  

 

Soutien à une opération aéroterrestre/Transport opérationnel.

Opération Serval

période : janvier 2013 à juillet 2014

zone : Mali

Initiée à la demande du gouvernement malien dans le cadre de la résolution 2085 du Conseil de sécurité de l’ONU, l’opération Serval avait deux objectifs : aider les forces maliennes à stopper l’offensive des groupes rebelles en direction de Bamako tout en aidant l’État malien à retrouver sa souveraineté et l’intégrité de son territoire. Le 22 janvier 2013, escorté par le patrouilleur de haute mer (PHM) LV Le Hénaff, le BPC Dixmude quitte Toulon avec 1 820 tonnes de matériel militaire, dont 50 tonnes de munitions et environ 140 véhicules de tout type dont des véhicules blindés de combat d’infanterie (VBCI). Le BPC arrive au port de Dakar le 28 janvier. La colonne de matériels quitte Dakar le 1er février 2013 et atteint Bamako trois jours plus tard.

L’utilisation de la voie maritime a permis d’acheminer une grande quantité de matériel et des véhicules qui auraient été difficilement transportés par voie aérienne. Souple dans son emploi, le BPC a utilisé les infrastructures portuaires de Dakar.

Intervention extérieure de secours d’urgence (IESU) ou opération humanitaire.

Ouragan Irma

période : automne 2017. zone : Antilles 

La Marine a acheminé d’importants moyens matériels et humains à Saint-Martin et en Guadeloupe après le passage de l’ouragan Irma. La frégate de surveillance Ventôse, avec un hélicoptère Panther à son bord, a acheminé du fret (vivres, eau). Le Germinal et son détachement Alouette III ont également appareillé avec des produits de première urgence. Un détachement du bataillon de marins-pompiers de Marseille (BMPM), comprenant du personnel médical s’est rendu à Saint-Martin avec 800 kg de matériel technique. Le BPC Tonnerre a également porté assistance aux sinistrés de l’île Saint-Martin. Grâce à ses capacités de chargement, de stockage et de déchargement, près de 1 000 tonnes de matériels et des véhicules ont pu être embarqués à bord. 

Les capacités d’adaptation du BPC ont permis d’alterner les manœuvres amphibies et l’engagement des hélicoptères embarqués afin d’agir rapidement au profit des populations sinistrées. Le BPC a été en mesure de projeter des forces dans des zones où les infrastructures portuaires étaient inaccessibles.   

Les évacuations de ressortissants  

Depuis 2000, quatre opérations d’évacuation de Français à l’étranger (Côte d’Ivoire 2004, Liban 2006, Tchad 2008 et Libye 2014) ont été menées. Celles du Liban et de Libye se sont faites essentiellement par la mer avec les moyens de la Marine. 

Liban (Opération Baliste) 

En juillet 2006, l’opération Baliste est déclenchée afin de porter secours aux ressortissants français et occidentaux au Liban, lors du conflit israélo-libanais. Plus de 11 000 personnes sont évacuées, dont 8 000 Français. Plus d’un millier de tonnes de fret humanitaire a été acheminé. Cette opération a mobilisé plusieurs unités de la Marine. Du 16 juillet au 25 août 2006, le premier déploiement du BPC Mistral, avant même son admission au service actif, confirme ses qualités opérationnelles : capacités d’hébergement (un millier d’évacués en plus des 650 militaires à bord), soutien santé, capacité de chargement de matériel et fret humanitaire, projection de moyens aériens, accueil et interconnexion de l’état-major. 

 

 

À RETENIR

La modularité des dispositifs amphibies et la souplesse d’emploi du BPC, associées à un entraînement poussé, permettent de s’adapter à des situations très diverses, impliquant des modes d’actions variés, allant du secours aux populations sinistrées à des missions offensives dans la profondeur.

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