« Une victoire française, une bataille colossale dont les enseignements sont toujours d’actualité »

Publié le 13 Mars 2018 à 11:46

© Marine nationale - Monsieur Pierre Laugeay, chef du SHD et Monsieur Jean-François Dubos, commissaire de l'exposition.

Le 12 mars, le CEMM a inauguré, au Service Historique de la Défense (SHD), une exposition consacrée à la bataille de Velez-Malaga, conçue autour d’un rouleau manuscrit et en couleurs de plus de 6 mètres de long, l’ordre que tenaient les armées navales en 1704.

En 1704, la bataille de Velez-Malaga, au large des côtes espagnoles, oppose les marines franco-espagnole d’une part et anglo-hollandaise d’autre part. Il s’agit de retrouver le contrôle de Gibraltar, verrou maritime stratégique, après sa récente prise par les Anglais.

Le chef d’état-major de la marine est revenu sur l’histoire de cette bataille et ses conséquences : « La bataille de Vélez-Malaga a une signification particulière dans notre panthéon de praticiens, mais également de théoriciens, du combat naval. Elle est en effet conduite selon des règles théoriques. Pour les Franco-Espagnols, il s’agit de combattre sous le vent. Pour les Anglo-Hollandais, il est préférable de combattre au vent. Pour les deux, on combat «en ligne ». Ces règles théoriques ont été écrites quelques années auparavant, en 1697, par un stratégiste français, le père Paul Hoste. Ces conseils théoriques seront validés, en 1704, au large de Vélez-Malaga, par cette victoire de l’escadre franco-espagnole du comte de Toulouse. Cette avancée conceptuelle permettra, quarante ans plus tard, et selon les mêmes principes, la victoire de Toulon, au large du Cap Sicié.

Cependant, cette bataille nous enseigne également la différence entre une victoire tactique et une victoire stratégique. Si les Anglais sont battus au soir du 24 août, ils restent maîtres de Gibraltar, qui était l’objectif stratégique de l’action militaire française. A partir de 1704, la France devra se battre sur deux fronts, sur deux façades, entretenir deux escadres, ce qui sera une des causes profondes de sa difficulté à contenir la suprématie navale britannique aux XVIIIème et XIXème siècles. Cette question des deux façades façonne encore aujourd’hui notre action, face à d’autres adversaires ».

Le CEMM a également évoqué la violence du combat tout comme l’actualité frappante des leçons à tirer de Velez-Malaga : « La bataille de Vélez-Malaga, ce sont 102 886 coups de canon tirés par les Français. C’est l’escadre britannique qui peut reprendre l’avantage tactique le 26 août, mais qui ne reprend pas le contact, faute de munitions. Ce sont, au total, 4610 morts en 12 heures, soit 1 mort toutes les 10 secondes. Toutes ces leçons sont d’une actualité frappante aujourd’hui : oui, on meurt encore au combat en mer, comme cela est arrivé récemment à d’autres marines dans le détroit de Bab-el-Mandeb ; oui, on peut encore gagner la bataille parce qu’on a mieux étudié la théorie, ou simplement parce qu’on a plus de munitions dans ses soutes. Enfin, dernier point, oui, il faut continuer à témoigner de la guerre en mer, comme l’a fait le lieutenant d’artillerie Hélyot, embarqué à bord du Toulouse. C’est lui qui, au cœur de la bataille navale la plus meurtrière en quarante ans, trouve les ressources pour peindre et dessiner, à la main, ce document unique, exceptionnel, de plus de 6 mètres. Je vous laisse l’imaginer, accroupi sur sa dunette ou dans l’entrepont, avec sa palette et ses pinceaux, au milieu de la fumée, des boulets de canon et des cadavres. »

© Marine nationale - Monsieur René Estienne, conservateur du patrimoine.

 

L’amiral Prazuck a, enfin, tenu à saluer le travail du SHD : « Vous nous êtes utiles chaque jour. Vous conservez notre mémoire. Vous mettez en valeur notre métier, et vous contribuez ainsi au recrutement et à la fidélisation des marins. Vous nous aidez à mettre en perspective l’actualité. Vous stimulez notre réflexion conceptuelle. La haute mer est un espace d’innovations, comme nous l’ont montré l’an dernier les nombreux travaux associés au centenaire des convois de l’Atlantique. Et c’est aussi un espace d’invariants, comme nous le montre aujourd’hui cette exposition : la mer, le vent, la distance, l’attrition, les munitions, les difficultés de transmission des ordres à la mer. »

L’exposition, gratuite, est ouverte jusqu’au 28 avril 2018, au château de Vincennes (94).

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