Opération de police des pêches en zone maritime Nouvelle-Calédonie : 240 heures chrono

Publié le 2 Mars 2018 à 11:13

© Marine nationale

De la détection à la destruction à Nouméa de deux « blue boats » vietnamiens contrevenants, moins de 10 jours se sont écoulés. Retour sur l’opération de police des pêches Uatio 10, en 240 heures chrono.

L’opération de police des pêches Uatio 10 illustre la détermination des forces armées de la Nouvelle-Calédonie (FANC) à faire cesser les activités de pêches illicites et à maintenir la souveraineté de l’État dans ses eaux. Les FANC mobilisent tous les moyens nécessaires, en coordination avec l’ensemble des administrations concernées, pour apporter une réponse ferme et rapide aux infractions constatées. Du 27 novembre au 05 décembre, il s’est ainsi écoulé moins de 10 jours entre la détection de deux « blue boats » vietnamiens en action de pêche illégale et la sanction judiciaire : les navires ont été détectés le 27 novembre, interceptés le 30, pris en charge par les différents services à Nouméa le 02 décembre, et les capitaines ont été jugés et condamnés à des peines de prison le 5 décembre, tandis que le chantier de déconstruction des navires était déjà en cours.

Diaporama

Cette dixième phase de l’opération Uatio, conduite après plus de 7 mois d’interruption des intrusions de « blue boat » dans nos eaux a permis avec vigueur de :

  • préserver la filière pêche locale ;

  • faire respecter les réglementations pour protéger la ressource halieutique ;

  • faire cesser les activités de pêches illicites ainsi que les actes délictueux ;

  • exprimer la souveraineté de l’État dans ses eaux.

L’appareil d’État dans toutes ses dimensions est prêt à faire face à d’éventuelles autres intrusions.

 

Témoignages

Mikael Le Gleau, Directeur du groupe océanographique du Pacifique Shom/GOP

Le grand lagon Nord de Nouvelle-Calédonie est encore très largement non-hydrographié et la navigation y est difficile. En réponse aux différents besoins exprimés pour sécuriser et développer la navigation dans cette zone, l’antenne du SHOM dans le Pacifique y a conduit plusieurs campagnes de levés au cours des deux dernières années. Les dernières informations relevées en septembre 2017 et fournies au Vendémiaire lui ont permis de poursuivre les contrevenants dans des zones où les « blue boats » se sentaient jusque-là hors de portée.

 

CF Alexandre Blonce, commandant de la FS Vendémiaire

Les « Blue Boats » représentent un véritable enjeu de souveraineté dans la ZEE de Nouvelle Calédonie. Réactifs, organisés et mobiles, leur interception requiert la mise en œuvre des moyens maritimes et aériens complémentaires. Dans le cadre de l’opération UATIO 10 déclenchée fin novembre dernier, c’est un Gardian de la 25F qui a obtenu les premiers contacts dans le grand lagon nord de la Grande Terre. Le Vendémiaire alors en patrouille Trident dans les récifs Chesterfield à 350 nautiques de leurs positions, s’est reconfiguré très rapidement et, en moins de 24 heures, a été en mesure de se placer en barrage tout en assurant une tenue discrète des deux « clients », le temps de permettre à la vedette côtière de gendarmerie « Dumbéa » de rallier la zone d’opération par le sud depuis Nouméa. La zone d’opération est mal hydrographiée et la frégate de surveillance désavantagée dans les récifs où les « Blue Boats » disposent d’une plus grande marge de manœuvre en raison de leur faible tirant d’eau. C’est donc un véritable dispositif en tenaille qui est mis en place : la Dumbéa appuyée par la drome opérationnelle et l’Alouette 3 de la frégate opèrera à l’intérieur du lagon et le « Vendémiaire » en eau profonde en mesure de contrer toute tentative de fuite vers le large. L’objectif de la mission est clair : en cette reprise de la saison de la pêche à l’holothurie il s’agit de transmettre un signal fort aux flottilles de pêche « pirates ». Malgré le durcissement du comportement des équipages vietnamiens, l’interception est un succès : il s’écoulera seulement 3 jours entre l’arraisonnement et la remise aux autorités judiciaires compétentes des navires, de leurs équipages et des apparaux de pêche grâce à l’excellente coordination inter administrations et l’efficacité de la chaîne étatique de bout en bout.

 

LV Tanguy, commandant adjoint opérations de la FS Vendémiaire

Il est 20h00, les derniers préparatifs de notre participation imminente à l’exercice australien Ocean Raider sont réglés lorsque deux « Blue Boats » vietnamiens sont détectés dans les récifs du Grand Lagon Nord à 24 heures de mer de notre position. Six mois se sont écoulés depuis la dernière interception de pêcheurs vietnamiens dans la ZEE de Nouvelle Calédonie, la saison de pêche commence, il faut frapper fort. Nous sommes déroutés immédiatement pour relocaliser et intercepter les « pirates ». Les modes d’actions des « Blue Boats » vietnamiens se sont considérablement durcis depuis près de deux ans : leur réactivité à la détection impose de frapper à l’aube, leur capacité à traverser les récifs impose de travailler en coordination avec un autre moyen nautique. L’état de mer nécessite de mettre à l’eau les embarcations à proximité du lagon déployant ainsi les équipes de visite de nuit, bien en amont du démasquage. Pour l’heure, le repositionnement des « Blue Boats » doit être effectué au plus tôt et en toute discrétion jusqu’au déclenchement de l’opération, l’Alouette III et le Gardian auront donc leur part !

 

 

EV1 Simon, chef de l’équipe de visite

Il est 00h45, notre départ en embarcations est imminent. Tout en s’équipant, chacun écoute très attentivement mon briefing qui précède le départ : objectifs, attitude, conduite à tenir dans des cas non-conformes. Puis, à bord de nos embarcations, nous partons pour un raid nautique en pleine nuit, feux de navigation éteints, afin de bénéficier d’une plus grande discrétion. L’intervention sur les « Blue Boats » est fixée à l’aube, dès les premiers rayons de soleil. 04h30, perception optique des deux clients. Ils tentent de se soustraire aux opérations de visite. Je donne l’ordre à mon pilote d’embarcation d’accélérer pour ne pas qu’ils s’échappent. Après plusieurs injonctions et tirs de semonces aux armes légères d’infanterie, un élément de mon équipe parvient à monter à bord et à s’imposer avec fermeté. Le reste de l’équipe suit et prend le contrôle du navire en fuite, c’est gagné…

 

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