Les marins français dans l’OTAN - Ce qu’ils en disent

Publié le 9 Février 2018 à 08:10

© Marine nationale

En 2009, la France a réintégré la structure militaire du commandement de l’Organisation du traité d’Atlantique nord pour renforcer son influence au sein de l’OTAN. Depuis cette date, on distingue deux types de postes : les insérés et les non-insérés. Au 1er janvier 2018, 72 officiers de marine et 73 officiers mariniers sont insérés dans la structure de commandement, soit 145 marins sur un total de 752 militaires français (part de la Marine : 19 %) pour un effectif total au sein de l’OTAN de 6 854 militaires originaires des 29 pays membres. Ils sont répartis sur les dix sites de l’OTAN. Cols Bleus donne la parole à ces marins qui apportent leur expertise dans tous les services des états-majors.  

 

 

TEMOIGNAGES

 

VAE Éric Chaperon

« Conseiller militaire de nos ambassadeurs auprès du Conseil de l’Atlantique nord (CAN) et du Conseil de politique et de sécurité (COPS), je représente le chef d’état-major des armées (CEMA) au sein des comités militaires de l’OTAN et de l’Union européenne (UE). Avec mes homologues, nous nous réunissons chaque semaine pour débattre des questions militaires et pour conseiller les instances politiques des organisations. J’accompagne le CEMA quand il participe aux comités militaires des « Chiefs of Defence ».

À l’OTAN comme à l’UE, je dispose d’un général adjoint et d’officiers traitants spécialisés (opérations, capacités, SIC...), qui représentent le ministère des Armées dans les comités et négocient en son nom les documents proposés aux nations.

Ma position entre l’OTAN et l’UE me permet de développer une vision globale et de veiller à la complémentarité des deux organisations, lesquelles agissent souvent de concert. L’une, adossée aux États-Unis, constitue une puissante alliance militaire ; la seconde conjugue des moyens militaires plus modestes avec d’autres outils (diplomatie, police, économie…) dans une approche globale de la sécurité. La France tient à ce que l’UE puisse agir seule militairement si les circonstances politiques l’exigent. »

 

VA Gilles Humeau, adjoint du chef d’état-major du commandement interarmées au JFC Naples (Italie)

« Ma fonction d’adjoint opérations à l’état-major des forces alliées (JFC) de Naples regroupe deux rôles. Comme représentant national français, je suis tout d’abord responsable de l’administration et de la cohésion d’une communauté de 83 familles militaires des trois armées. Parallèlement, je dirige la conduite des opérations attribuées au JFC sous les ordres d’un Chief of Staff (COS) italien. Dans ce rôle, je commande une équipe internationale de 230 personnes et coordonne son action avec les piliers “planification” et “soutien” du JFC. Notre zone d’intérêt s’étend des abords de la Méditerranée et de la mer Noire au Moyen-Orient. Le théâtre est ainsi fortement marqué par la mer qui en constitue le cœur géographique, mais surtout par l’instabilité et les tensions dans l’ensemble de la zone, qui menacent directement le Sud de l’Europe. Nous en surveillons tous les aspects et développons des relations de partenariat très variées avec les pays de la zone, de la Mauritanie à l’Irak. Il s’agit d’une mission en prise directe avec l’actualité la plus brûlante. Les opérations principales se déroulent actuellement dans les Balkans et en Irak. Plus encore, nous assurons un an sur deux l’alerte de la Force de réaction de l’OTAN, capable d’intervenir contre toute agression majeure visant un pays de l’Alliance. Le caractère enthousiasmant de mon poste tient avant tout à la richesse multinationale de l’OTAN, mais aussi à son caractère interarmées, dans des fonctions qui dirigent des forces du niveau tactique et conseillent les décideurs stratégiques. »

 

 

CF François, MARCOM N3 Joint Effects Branch (Northwood, Royaume-Uni)

« Depuis août 2016, je suis inséré dans l’OTAN, à la tête de la branche effets communs (Joint Effects) et du ciblage, au sein de la division N3 (conduite des opérations). Cette branche est composée de 10 personnes de 6 nationalités différentes, regroupant des domaines de compétence particuliers et à haute valeur ajoutée pour les opérations aéronavales (amphibie, opérations psychologiques et d’informations, projection de puissance, ciblage). Ce poste de chef de branche me permet de contribuer concrètement au développement des capacités de l’état-major et, par les groupes de travail et de décision, d’être au cœur des sujets d’actualité de MARCOM, qui est notamment conseiller maritime des niveaux opératifs et stratégique de l’OTAN. Le ciblage est un domaine d’expertise particulièrement en développement en ce moment dans l’OTAN, à l’aune des dernières opérations majeures. Ce poste est une occasion unique d’acquérir ce savoir-faire spécifique que je ne possédais pas auparavant, dans un environnement interallié et interarmées. »

 

 

MP Maud, technicien réseaux et systèmes d’information au sein du NCIA (SHAPE – Mons, Belgique)

« J’ai répondu à un message de prospection pour un poste de technicien réseaux et systèmes d’information au sein du NCIA (Nato Communications and Information Agency), qui est l’équivalent de la Dirisi au sein de l’OTAN, où j’ai été affectée de 2014 à 2017. J’ai d’abord été responsable de la base de données recensant les matériels et les types de réseaux gérés par la NCIA et j’assurais ponctuellement la formation des utilisateurs. Après une réorganisation de l’agence, j’ai été mutée sur un autre poste où je m’occupais de la gestion des serveurs virtualisés. Cette expérience fut enrichissante à tous points de vue : professionnellement, culturellement et personnellement. Le fait de travailler en interarmées, entourée de citoyens arrivant de nombreux points du monde m’a énormément plu. Beaucoup de personnes aimeraient franchir le pas mais peu osent. Je ne peux que les encourager. »

 

 

CC Nicolas, représentation nationale de liaison (Norfolk, États-Unis)

« Arrivé à l’été 2017 à Norfolk (États-Unis), je suis affecté au pôle « suivi-synthèse » de la représentation nationale française de liaison auprès du SACT (Supreme Allied Command Transformation). L’état-major d’ACT est chargé de la « transformation » de l’Alliance, c’est-à-dire qu’il doit s’assurer que la structure militaire de l’OTAN, ses forces, capacités et sa doctrine permettent à l’Alliance d’assurer ses missions, aujourd’hui et dans l’avenir. Les responsabilités principales d’ACT incluent la formation, l’entraînement, le développement de nouvelles capacités militaires (équipements, standards, doctrines et concepts…). Le rôle de la représentation nationale, qui comprend quatre officiers, est d’animer le réseau de la centaine de militaires français déployés dans la branche ACT, c’est-à-dire d’assurer le lien entre eux et les organismes français concernés et plus généralement de suivre tout ce qui est élaboré dans cette branche de l’OTAN. Notre présence permet ainsi de peser sur les grands travaux de l’OTAN, et si besoin, de protéger ou mettre en avant nos intérêts nationaux. L’attrait d’un tel poste vient tout d’abord de la diversité et de la nature des dossiers suivis (la préparation de l’avenir de l’Alliance), mais aussi du travail en réseau et de la richesse à évoluer dans un univers interarmées et interallié. Acquérir très vite une bonne connaissance des structures et procédures de l’OTAN est indispensable. Une affectation à FRMARFOR a été pour moi un bon tremplin. Au-delà de l’aspect professionnel, même si elle comporte quelques contraintes liées à la mobilité, cette affectation à l’étranger reste avant tout une véritable aventure familiale et une opportunité rare pour les enfants de devenir bilingue en un temps record. »

 

 

MT Christian, photographe à MARCOM (Northwood, Royaume-Uni)

« Depuis juillet 2016, j’occupe le poste de photographe à MARCOM. Intégré à l’équipe du PAO (Public Affairs Office), je couvre les besoins en images du commandement. Concrètement, j’assure la réalisation des reportages d’actualité des activités de l’état-major à Northwood et des activités opérationnelles des forces maritimes permanentes de l’OTAN (Standing Naval Forces, SNF). C’est la partie que je préfère, celle du reporter d’images.  Déployé environ 120 j/an à bord des SNF, je suis au contact de l’action. Je réalise et transmets mes images au plus vite pour que l’information soit diffusée par les communicants. Leur visibilité est internationale ! Presse papier et réseaux sociaux. À terre, je gère aussi le matériel et la formation photo des communicants des SNF. Malgré ses exigences et un rythme soutenu, cette affectation est une de mes meilleures : un condensé d’aventures, compromis idéal entre bureau et terrain, avec en plus la possibilité d’aider au rayonnement français. »

 

 

CV Jean-Christophe, conseiller auprès de l’officier général représentant le CEMA français au Comité militaire de l’OTAN (Belgique)

« Depuis l’été 2016, j’occupe un poste de conseiller auprès de l’officier général représentant le CEMA français au comité militaire de l’OTAN. Situé à Bruxelles, le comité militaire est chargé d’apporter l’expertise militaire et de conseiller les ambassadeurs ou les ministres dans leur prise de décisions politiques. L’OTAN, Alliance militaire, mène des opérations et des missions. Actuellement, 15 000 soldats sont déployés sous commandement OTAN, en Afghanistan, Irak et Kosovo. Les décisions de lancement d’opérations, d’évolution du mandat et de clôture sont prises par les 29 alliés sous la règle du consensus. Mon travail consiste à représenter la France dans les comités qui rédigent les décisions politico-militaires concernant les opérations. J’analyse les propositions faites par l’état-major stratégique (SHAPE), je propose à l’EMA et à la DGRIS une position française qu’ensuite je défends en séance. C’est un poste très enrichissant à double titre : nous travaillons en étroite collaboration avec les diplomates français de la représentation française pour élaborer les positions nationales. En comité, nous négocions des textes avec nos 28 homologues étrangers : il faut élaborer en amont une tactique prenant en compte les positions attendues des autres alliés, puis en séance argumenter et convaincre pour que la position française soit reflétée dans le texte. C’est un poste de relations internationales qui demande de l’autonomie et une capacité à négocier et convaincre. »

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