Fusiliers marins - Des marins combattants

Publié le 19 Décembre 2017 à 16:31

© T. CLAISSE/MN - Exercice de protection contre une intrusion à caractère terroriste à bord de la frégate type La Fayette Guépratte, organisé conjointement avec le GFM de Toulon et la division « entraînement » de la Force d’action navale, en octobre 2017.

Les fusiliers marins, dont la création remonte à 1856, sont des combattants spécifiquement formés, organisés, équipés et entraînés pour mettre en œuvre des modes d’action spécialisés en appui direct des missions de la Marine dans les domaines de l’invulnérabilité de la posture de dissuasion, de la défense militaire et maritime du territoire, du contrôle et de l’interdiction dans les espaces maritimes et de la contribution aux opérations interarmées à terre et à partir de la mer. Ils sont ainsi présents en métropole comme en outre-mer et à l’étranger, à terre comme sur mer.

Leur effectif atteint 1 947 personnes réparties en 9 unités : 2 groupements de fusiliers marins (GFM) à Brest et Toulon, et 7 compagnies de fusiliers marins (Cifusil) à Cherbourg (Manche), l’Île Longue et Lanvéoc-Poulmic (Finistère), Lann-Bihoué (Morbihan), Sainte-Assise (Seine-et-Marne), Rosnay (Indre) et France Sud (Aude). Ces unités sont dimensionnées en compétences et en effectifs et réparties géographiquement sur les sites de la Marine en métropole pour couvrir de façon optimisée tout le spectre de leurs missions en tenant compte des activités permanentes et des exigences de préparations opérationnelles.

L’unité élémentaire d’action des fusiliers marins est l’équipe de défense maritime (EDM) dont le format minimum est de six fusiliers marins. Chaque EDM réunit un socle de capacités de feu et de manœuvre nautique et terrestre, ainsi que des compétences complémentaires spécialisées. La récente réforme PRODEF (Protection-Défense) de 2015, qui a redynamisé l’activité des EDM, a rendu leur engagement plus attractif. Moins statiques, avec notamment une projection opérationnelle par an, les fusiliers marins ont renoué avec leur vocation initiale : être des marins combattants.

 

Une formation évolutive 

Que l’on soit quartier-maître, matelot de la flotte ou encore issu de l’École de maistrance, la formation s’effectue à l’École des fusiliers marins (Ecofus), à Lorient. 

L’Ecofus forme les fusiliers marins et leur permet d’acquérir les fondamentaux et le savoir-faire propres à leur métier. Elle propose ainsi un large choix de qualifications ou brevets (commando, cynotechnicien). Concrètement, l’élève commence son cursus par une formation initiale dont la durée varie en fonction du statut (matelot de la flotte, second maître sorti de l’École de maistrance), pour acquérir les fondamentaux du métier de fusilier marin. Ensuite, les élèves devenus fusiliers marins sont affectés en unité. C’est alors le bureau entraînement de l’état-major de la Forfusco ou les centres de protection des forces (CENTPROFOR) qui se chargent de consolider et développer leurs compétences afin de permettre aux unités dans lesquelles ils servent d’atteindre leur pleine capacité opérationnelle. Tout au long de leur carrière et selon le cursus suivi (fusilier marin ou fusilier marin breveté commando), les fusiliers marins reviennent à l’école pour passer le brevet d’aptitude technique (BAT), le brevet supérieur (BS) ou le brevet de maîtrise (BM). 

 

Le cycle opérationnel

Le cycle opérationnel du fusilier marin se compose de trois parties : d’abord, la protection en métropole qui représente la part la plus importante ; ensuite, la projection opérationnelle avec une série de missions en outre-mer ou à l’étranger, en appui des opérations aéronavales de contrôle ou d’interdiction et pour renforcer la protection militaire des bâtiments de la Marine ou de navires civils ; enfin, un cycle de « régénération » où l’accent est mis sur l’entraînement dans les deux milieux, terrestre et maritime.

 

Une diversité de missions

Les fusiliers marins sont présents sur 37 sites en France et dans le monde. Ils arment 62 équipes à terre et 10 embarquées et mènent à bien plusieurs types de missions permanentes :

Dissuasion nucléaire

Les fusiliers marins participent à l’invulnérabilité de la dissuasion. Cette mission est prioritaire en toutes circonstances. Elle s’intègre dans un dispositif global de protection impliquant un large panel d’acteurs et de moyens terrestres, maritimes et ponctuellement aériens dans lequel les fusiliers marins apportent une capacité spécifique de combat dans la manœuvre, dans le feu, à terre ou en mer, face à des tentatives d’agression armée de type militaire. Cette mission comprend la protection des unités précieuses navigant en eaux resserrées dans nos approches.

Un cas particulier : celui du Charles de Gaulle. Le porte-avions dispose d’un détachement spécial d’une quarantaine de fusiliers marins, l’Unifusil Charles de Gaulle

Défense maritime du territoire

Les fusiliers marins apportent une première réponse d’urgence pour s’opposer par des modes d’actions militaires aux agressions en mer ou par voie de mer visant les intérêts nationaux et maritimes tels que définis par les plans gouvernementaux. 

Appuis spécialisés aux opérations aéronavales de contrôle et d’interdiction maritime

Les fusiliers marins renforcent les bâtiments de la Marine par des savoir-faire spécialisés en mer ou en frange littorale pour des situations tactiques nécessitant d’agir dans un environnement semi-permissif ou non-permissif.

Protection militaire de navires civils

Embarqués sur des navires civils navigant dans des zones à risque de piraterie ou de terrorisme, ils organisent la défense du navire en coordination avec l’équipage et sous la responsabilité de son capitaine.

Protection militaire des bases à l’étranger

À l’étranger, sur les théâtres d’opérations extérieures ou sur les bases opérationnelles mettant en œuvre des moyens de la Marine, les fusiliers marins contribuent, éventuellement dans un cadre interarmées, à la défense militaire de la base.

Dans un tout autre registre, les fusiliers marins sont présents à bord de tous les bâtiments de la Marine, en la personne du capitaine d’armes. Accompagné de son sergent d’armes ou de son adjudant d’armes, il est chargé de faire respecter le règlement de discipline générale. Couramment, il est également chargé d’assurer la préparation opérationnelle pour le personnel non fusilier de la brigade de protection (BP) des bâtiments.  

 

 

Cynotechnie : près de 250 binômes 

La cynotechnie constitue une branche importante et spécifique pour les fusiliers marins. Elle compte près de 250 binômes (maître-chien et chien) présents au sein des GFM et Cifusil. Chaque peloton cynotechnique (équivalent d’un chenil) compte jusqu’à 12 binômes au sein des Cifusil et environ 70 binômes pour les GFM. Chacun est intégré aux éléments de patrouille et d’intervention (EPI) de service ou de renfort, pour des missions de surveillance et d’intervention et, pour quelques-uns, de détection de stupéfiants et d’explosifs. Ils peuvent, sur demande, renforcer la protection de sites ou bâtiments de surface et/ou participer à un déploiement en opération extérieure.

 

 

Témoignages

CV Philippe Vauterin, commandant l’École des fusiliers marins à Lorient 

« La formation dite « de cursus » du fusilier marin représente la plus grande partie en volume de l’activité de formation de l’École des fusiliers marins située à Lorient : il s’agit chaque année de former environ 300 quartiers-maîtres de la flotte (QMF), 100 volontaires (VLT), 160 BAT, 70 BS et 5 à 10 BM qui rejoindront en sortie d’école les unités de la Forfusco. La formation y est essentiellement pratique, en dehors des salles de cours, et à toute heure du jour ou de la nuit. Il s’agit de transformer le jeune engagé QMF ou maistrancier en marin combattant et spécialisé dans les nombreuses compétences clés de défense militaire des installations sensibles de la Marine. Cela requiert l’apprentissage de savoir-faire dans des domaines très variés : nautisme, combat, technique d’interventions opérationnelles rapprochées (TIOR), aguerrissement physique et moral, topographie, tir, protection défense, secourisme, cynotechnie. 

Les cours que le fusilier marin doit suivre à chaque étape de sa carrière pour « monter en gamme » sont longs et exigeants, car, au-delà de la connaissance technique, il faut inculquer à l’élève l’aisance sur le terrain, le goût de l’effort et, selon son futur niveau de responsabilité, un bon sens tactique, ainsi qu’une capacité de recul et d’analyse lui permettant de donner des ordres clairs à ses subordonnés dans des conditions souvent dégradées. Je peux vous assurer, à rebours des idées reçues, que mêmes si nos activités sont difficiles et en découragent certains, nos jeunes recrues sont pour la plupart enthousiastes et impatientes d’entrer dans un monde où le collectif passe avant l’individu, où l’engagement physique est déterminant et où les valeurs comptent ! »

 

MT Marie, chef du détachement de fusiliers marins en Martinique

« Mon déplacement en Martinique est le premier en tant que chef d’un détachement de fusiliers marins. Nous avons trois missions principales : assurer la protection des points d’intérêts vitaux, former en continu notre personnel et promouvoir la Marine nationale et notre métier. À mon sens, les principales responsabilités du chef de détachement sont de donner une ligne de conduite à son personnel pour le faire adhérer au projet et lui faire comprendre l’intérêt de la mission. Il y a une dimension humaine liée à ce poste. Pour beaucoup c’est le premier déplacement et les premières responsabilités. Il faut donc savoir faire preuve de pédagogie et être attentif à leur santé et à leurs conditions de vie. Ces déplacements sont l’occasion de travailler main dans la main avec les autres unités et même en interarmées. En tant qu’interlocuteur privilégié, c’est au chef de détachement de mettre en exergue les activités de son personnel et de donner une image positive des fusiliers marins. La diversité de toutes ces missions et responsabilités fait partie de ce que j’aime dans mon métier, avec la vie embarquée et la possibilité de voyager partout dans le monde. » 

 

QM1 Maxime, fusilier marin, opérateur cynotechnique (Cifusil de Lann-Bihoué)

« Je suis qualifié cynotechnicien depuis un an ; c’était mon but quand je me suis engagé comme matelot à l’École des fusiliers marins pour 4 mois de formation, avant de rejoindre la Forfusco. C’est seulement à l’issue de ma formation de fusilier que j’ai pu effectuer les 7 semaines de qualification à Lann-Bihoué, permettant de devenir maître-chien. Dans la Marine, il n’y a que les fusiliers qui peuvent accéder à la formation cyno, car le métier de fusilier est nécessaire à l’exercice de la spécialité de maître-chien. En effet, les missions sur base comme en détachement sont la détection et la neutralisation des individus suspects, l’aide dans la lutte contre le narcotrafic avec les chiens ARDS (Aide à la recherche et détection de stupéfiants) ou encore le blanchiment de zones, notamment avec les chiens ARDE (Aide à la recherche et détection d’explosifs). Le maître-chien et son chien forment un véritable binôme, c’est ce que j’aime le plus dans mon métier ; on s’entraîne tous les jours, on patrouille ensemble, il part en déplacement avec moi. Je suis aussi responsable de la santé de mon chien et de son apprentissage constant, ce n’est pas un simple outil que j’utiliserai pour mener mes missions à bien, c’est un véritable coéquipier. » 

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